Cet homme affirme avoir été blessé par la police hongroise alors qu'il tentait de traverser la frontière depuis la Serbie vers la Hongrie, le 28 janvier 2020. Crédit : Reuters
Cet homme affirme avoir été blessé par la police hongroise alors qu'il tentait de traverser la frontière depuis la Serbie vers la Hongrie, le 28 janvier 2020. Crédit : Reuters

S'appuyant sur les chiffres officiels des autorités, une ONG hongroise pointe du doigt la pratique des reconductions illégales de migrants à la frontière menée par Budapest. Elle réclame à Frontex, l'agence de contrôle des frontières européennes, de rompre ses liens ainsi que son soutien financier et logistique avec la Hongrie.

Le Hungarian Helsinki committee (HHC), une ONG de défense des droits de l'Homme basée à Budapest, accuse, dans une déclaration rendue publique mardi 12 janvier, la Hongrie de poursuivre ses "pushbacks", à savoir expulser les migrants dès qu'ils franchissent la frontière, sans qu'ils n'aient pu exercer leur droit d'asile sur le sol européen. 

Cette pratique a pourtant été officiellement condamnée le mois dernier par la Cour de justice européenne qui a décrété que la Hongrie avait enfreint les lois européennes en expulsant de force des migrants vers la Serbie qui n'est pas membre de l'UE.

Depuis, les données de la police hongroise indiquent que 2 346 migrants sans-papiers ont été ramenés à la frontière sans pouvoir demander l'asile en Hongrie. Seules 120 personnes ont été maintenues sur le territoire et placées en rétention le temps que leur situation administrative soit clarifiée. Les "pushbacks" continuent donc à être utilisés comme principale politique migratoire à la frontière, relève le HHC qui évalue à au moins 52 000 le nombre de migrants dont les droits ont été bafoués à la frontière depuis 2016. 

Refusant de commenter le sujet, un porte-parole du gouvernement s'est contenté de déclarer que les autorités "continueront de protéger les frontières hongroises et européennes et qu'elles feront tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter la formation de corridors de migrants internationaux." Et ce, alors que le pays est situé sur la très empruntée route migratoire des Balkans.

"Bien que strict, le contrôle aux frontières est maintenu", martèle Budapest

Face à cette situation, le HHC a exhorté le chef de la police hongroise à cesser immédiatement la pratique des "pushbacks" et a appelé Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières, à mettre fin à sa coopération avec Budapest, et notamment son soutien logistique et financier. "Ni le gouvernement, ni Frontex n'ont répondu à nos courriers", déplore Andras Lederer, avocat au HHC, interrogé par Reuters.

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Le porte-parole du gouvernement a estimé, pour sa part, que le jugement de la Cour de justice de l'UE était sans fondement puisque les circonstances en cause lors de la procédure n'existent plus : en effet, les zones de transit hongroises qui étaient sous le feu des critiques pour la privation de liberté et les mauvais traitement qu'elles infligeaient aux demandeurs d'asile ont, depuis, été fermées. "Bien que strict, le contrôle aux frontières est, lui, maintenu", a défendu le porte-parole. 

La Hongrie a annoncé la fermeture de ses zones de transit frontalières en mai dernier après que la Cour de justice de l'Union européenne les a jugées illégales. Les candidats à l'exil y étaient entassés dans des conteneurs entourés de barbelés et surveillés en permanence par la police, sans pouvoir sortir, le temps de l'instruction de leur dossier d'asile.

Frontex accusé de "fermer les yeux" sur les violations des droits de l'Homme

La Cour de justice a émis deux autres jugements en défaveur de la politique migratoire en Hongrie l'année dernière : le premier remonte au mois d'avril lorsque le pays, tout comme la Pologne et la République tchèque, a été condamné pour avoir refusé un quota d'accueil de réfugiés décidé dans le cadre du programme lancé en 2015 de répartition par État membre de dizaines de milliers de demandeurs d'asile.

Puis plus récemment, le 17 décembre, la Cour a fustigé la Hongrie pour l'ensemble de sa politique d'asile, estimant que Budapest "a manqué à son obligation d'assurer un accès effectif à la procédure d'octroi de la protection internationale".

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Devant la demande insistante de HHC de cesser toute coopération avec la Hongrie, Frontex, de son côté, a simplement déclaré être en train "d'évaluer l'impact de la décision de la Cour de justice de l'UE" afin de "statuer sur (ses) activités opérationnelles en Hongrie", selon le porte-parole de l'agence, Chris Borowski, également interrogé par Reuters. 

Une réponse qui ne satisfait pas le HHC. L'ONG rappelle que Frontex s'est engagé par le passé à se séparer des États membres ayant enfreint les droits humains. Dans un rapport de l'ONG publié le 8 janvier, Frontex est accusé "de fermer les yeux depuis plus de quatre ans sur les violations systémiques des droits humains déjà documentées aux frontières hongroises de l'espace Schengen". L'agence n'a pas souhaité, dans l'immédiat, commenter ce rapport.

 

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