Stéphane Ravacley est en grève de la faim depuis le 8 janvier. Crédit : Corentin Germaneau
Stéphane Ravacley est en grève de la faim depuis le 8 janvier. Crédit : Corentin Germaneau

Le boulanger français de Besançon en grève de la faim depuis le 3 janvier pour protester contre l'expulsion de son employé guinéen a passé plusieurs heures à l'hôpital mardi après un malaise. Stéphane Ravacley va mieux et entend "continuer le combat" jusqu'à obtenir la régularisation de Laye Fodé Traoréiné. Il explique son combat à InfoMigrants.

"Je vais mieux même si je suis toujours affaibli et que je n'ai pas ma vitalité habituelle". Stéphane Ravacley s'est remis de son malaise de la veille. Le boulanger français de Besançon (dans l'est de la France) en grève de la faim depuis 11 jours pour protester contre l'expulsion de son employé guinéen, a été admis quelques heures aux urgences mardi 12 janvier où il a bénéficié d'une perfusion de vitamines.


L'artisan de 50 ans a été retrouvé dans la matinée par ses collègues inconscient dans sa voiture. "J'ai fait un malaise en rentrant de livraison. Au début, personne ne m'avait vu, je suis resté un quart d'heure dans le froid. Quand les pompiers sont arrivés, j'étais en hypothermie. Je suis tombé car je ne bois pas assez", raconte-t-il à InfoMigrants.

Le boulanger ne se nourrit plus que de bouillon et a perdu environ huit kilos depuis le début de sa grève de la faim, dimanche 3 janvier. Une infirmière lui rend visite tous les deux jours.

Un retentissement international 

Malgré la fatigue et le "manque de forces", Stéphane Ravacley "continue le combat, au moins jusqu'à dimanche pour parvenir à la date symbolique des 15 jours de grève de la faim". Mais ce ne sera pas pour autant la fin de la lutte. "On ira jusqu'au bout ! Ce n'est pas mon rôle, je suis qu'un simple boulanger. Mais la guerre a été déclenchée par l'administration, alors je poursuis la bataille pour obtenir gain de cause", dit l'artisan qui enchaîne les interviews pour des médias français et étrangers depuis plusieurs jours. "Voir ma trombine partout fait bizarre, d'habitude je préfère me cacher dans mon fournil". 

L'histoire de ce boulanger et de son jeune apprenti guinéen a dépassé les frontières françaises et fait désormais le tour du monde, du Liban à la Finlande en passant par l'Italie et l'Angleterre. En France, des personnalités, dont Omar Sy, Raphaël Glucksmann, Nicolas Hulot et Marion Cotillard, ainsi que plusieurs maires écologistes, ont appelé lundi le président Emmanuel Macron à "aider le boulanger de Besançon en grève de la faim !", dans une tribune parue dans l'hebdomadaire L'Obs. Une pétition a déjà réuni plus de 230 000 signatures.

Pourtant, en dépit de cet engouement national et international, "le gouvernement continue de faire le sourd", souffle Stéphane Ravacley.

"Des Laye, il y en a des milliers en France"

Pris en charge en France en tant que mineur isolé, Laye Fodé Traoréiné, 18 ans est visé, depuis qu'il a récemment fêté sa majorité, par une obligation de quitter le territoire français délivrée par la préfecture de la Haute-Saône, département où il réside. 

Le Guinéen a saisi le tribunal administratif de Besançon pour contester le refus de la préfecture de lui délivrer un titre de séjour, malgré son contrat de travail. Sa requête sera examinée le 26 janvier. Selon son avocate, la préfecture considère que les documents d'identité de Laye Fodé Traoréiné ne sont pas authentiques. D'après une source proche du dossier, l'ambassade de Guinée à Paris vient de légaliser les documents de l'apprenti. Un première étape pour obtenir la régularisation du jeune homme.

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Cependant, Stéphane Ravacley préfère rester prudent. "J'espère que Laye obtiendra sa régularisation, ce n'est pas encore gagné". Même s'il obtient satisfaction, le boulanger affirme qu'il ne s'arrêtera pas là.

"Des Laye, il y en a des milliers en France. Si je peux profiter de ma notoriété pour donner un coup de main à ceux dans la même situation, tant mieux. Il faut une loi pour protéger les gamins étrangers jusqu'à l'obtention d'un diplôme et arrêter de lier leur régularisation à leur âge", insiste l'artisan, que rien ne prédestinait à devenir un militant des droits des mineurs isolés avant sa rencontre avec Laye Fodé Traoréiné un jour de 2019.

 

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