Un navire des garde-côtes grecs tourne autour d'une embarcation de migrants en mer Egée et provoque d'énorme vagues qui déstabilise le canot. Crédit : InfoMigrants
Un navire des garde-côtes grecs tourne autour d'une embarcation de migrants en mer Egée et provoque d'énorme vagues qui déstabilise le canot. Crédit : InfoMigrants

L'office européen de lutte anti-fraude (Olaf) a ouvert une enquête contre Frontex, l'agence européenne de garde-côtes, accusée d'avoir renvoyé illégalement des embarcations de migrants vers la Turquie, en mer Égée. Depuis plusieurs mois, InfoMigrants avait reçu des témoignages incriminant l'agence européenne.

L'office européen de lutte anti-fraude Olaf a ouvert une enquête contre l'agence de surveillance des frontières de l'UE, Frontex, visée par des accusations de refoulements illégaux de migrants en mer Égée.

L'agence européenne de garde-frontières a été pointée du doigt en octobre dans une enquête de plusieurs médias, l'accusant de refoulement de bateaux de demandeurs d'asile de Grèce vers la Turquie - en collaboration avec les garde-côtes grecs. 

Les investigations menées "montrent pour la première fois que les responsables de Frontex sont conscients des pratiques illégales des gardes-frontières grecs et sont en partie impliqués dans les refoulements eux-mêmes", écrivait le journal allemand Der Spiegel dans un article mis en ligne vendredi 23 octobre.

Athènes rejette les accusations de refoulements illégaux

Athènes a toujours rejeté les accusations de refoulements illégaux de migrants à ses frontières régulièrement lancées par les ONG - notamment la plateforme Alarm phone qui repère et signale les embarcations de migrants en mer Méditerranée.

"J’exclus le fait que les autorités grecques ont été impliquées", a déclaré Notis Mitarakis, ministre grec des Migrations à InfoMigrants au mois de novembre. "Il est clair que nous protégeons nos frontières, absolument, mais nous protégeons nos frontières en accord avec les lois internationales et européennes [...] Je suis content qu’une enquête plus approfondie soit menée pour que l’on puisse très bientôt en finir avec ce débat."

La rédaction d’InfoMigrants a, elle aussi, reçu plusieurs témoignages - et une vidéo - de ces "pushbacks" maritimes en mer Égée. Mi-décembre, Slimane, un Guinéen de 17 ans, a raconté comment des hommes, qu'il a identifiés comme des garde-côtes grecs ont repoussé son embarcation vers les eaux turques et ont percé l'avant de son canot.

Au mois de mai, Samuel, un autre migrant d’Afrique subsaharienne, avait lui aussi raconté comment son embarcation avait été refoulée vers les côtes turques. 


Selon der Spiegel, l'Olaf a effectué début décembre une perquisition au siège de l'agence à Varsovie, notamment dans les bureaux du directeur exécutif de Frontex, le Français Fabrice Leggeri. Ce dernier s'est défendu le 1er décembre devant le Parlement européen, affirmant qu'une enquête interne de Frontex n'avait pas établi "de preuve d'une participation" de l'agence à de telles pratiques, contraires au droit international. Certains eurodéputés ont réclamé sa démission.

Des réponses le 20 et 21 janvier 2021

La Commission européenne avait quant à elle convoqué en novembre une réunion extraordinaire du conseil d'administration de Frontex - regroupant des représentants des États membres et deux membres de l'exécutif européen -, et des explications ont été demandées au directeur exécutif.

Un groupe de travail, mis en place par le conseil d'administration, doit rendre un rapport sur ces accusations de refoulements illégaux lors de sa prochaine réunion, prévue les 20 et 21 janvier.

Créée en 2004, l’agence prévoit de disposer d'un effectif permanent de 10 000 garde-frontières et garde-côtes à l'horizon 2027. Elle a lancé une campagne de recrutement et dévoilé lundi son uniforme dans un clip sur Twitter.


 

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