Des centaines de migrants ont dormi sous la neige ce week-end dans le nord de la France. Crédit : Utopia 56
Des centaines de migrants ont dormi sous la neige ce week-end dans le nord de la France. Crédit : Utopia 56

Malgré l'activation du plan Grand froid à Calais ce week-end, des centaines de migrants ont été contraints de dormir sous la neige. À quelques kilomètres de là, à Grande-Synthe, aucun dispositif n'a été mis en place pour les quelque 500 exilés qui vivent dans la forêt du Puythouck.

Il a neigé dans le nord de la France ce week-end, compliquant encore un peu plus les conditions de vie des quelque 1 000 migrants qui dorment sur les trottoirs de Calais ou de Grande-Synthe.

Vendredi 15 janvier, la préfecture du Pas-de-Calais a finalement activé le plan Grand froid réclamé depuis plusieurs jours par les associations. Les autorités ont ouvert un hangar d'une capacité de 200 places. Mais le dispositif n'a été mis en place que pour trois jours et a donc pris fin lundi matin. "Pourtant, il fait toujours aussi froid ici et on observe de plus en plus de cas d'hypothermie", signale Siloé Medriane, coordinatrice d'Utopia 56 à Calais.

Malgré le plan Grand froid, tous les migrants n'ont pas pu accéder au hangar et ont dû dormir sous les flocons. Si certains n'ont pas voulu s'y rendre pour des raisons de promiscuité et de sécurité, d'autres n'en ont tout simplement pas entendu parler. Selon la préfecture interrogée par la Voix du Nord, des maraudes ont pourtant été organisées "afin de prévenir la population de ce dispositif d'accueil".

"Nombre d'entre eux n'ont reçu aucune information", dément Siloé Medriane d'Utopia 56. "Et de toute façon, ce plan était très minime et insuffisant au vu de la situation". Environ 600 exilés vivent à Calais d'après les associations, soit trois fois plus que le nombre de places disponibles dans le hangar.

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Dans un communiqué publié lundi 18 janvier, la préfecture du Pas-de-Calais indique que 459 personnes, dont 167 mineurs isolés, ont été hébergées entre vendredi et lundi dans le hangar ouvert dans le cadre du plan Grand froid.

Par ailleurs, poursuit la préfecture, "depuis le 5 novembre, et le début du deuxième confinement, le dispositif d’hébergement et de prise en charge proposé aux migrants de Calais a été renforcé en raison de la crise sanitaire. En complément des deux CAES (centre d'accueil et d'examen de la situation) déjà existants dans le département, plusieurs centres d’hébergement ont été ouverts par la préfecture à hauteur de 340 places supplémentaires." Plus de 1 300 migrants ont été accueillis dans ces structures et "390 y sont toujours présents".

"Urgence humanitaire à Grande-Synthe"

À une quarantaine de kilomètres de là, à Grande-Synthe, la situation est pire. "Rien n'est fait", souffle Laure Pichot, coordinatrice d'Utopia 56 dans la ville. Le plan Grand froid n'a pas été activé par la préfecture du Nord, la région est pourtant en proie aux mêmes intempéries qu'à Calais.

Le sous-préfet de Dunkerque assume "le choix fait dans le Nord de ne pas ouvrir de gymnase ou de grande salle qui créerait des points de fixation". Hervé Tourmente préfère mettre à l'abri les migrants dans les CAES de la région, plutôt que d'ouvrir un hébergement d'urgence. "Le dispositif n'est pas saturé, il reste encore des places", affirme-t-il à l'AFP. Environ 150 places sont disponibles dans le département "mais s'il le faut, on peut en ouvrir encore", ajoute le sous-préfet.

Pour les associations, les orientations en CAES ne sont pas une solution, beaucoup d'exilés ne souhaitant pas s'y rendre. "La plupart de ceux qui y sont déjà passés ne veulent pas y retourner. Ils nous disent que c'est sale, que les travailleurs sociaux n'ont pas les réponses à leurs questions et qu'ils ne parlent pas anglais, que c'est perdu au milieu de la campagne… Les dysfonctionnements y sont nombreux", relate Laure Pichot qui demande l'ouverture à Grande-Synthe d'un gymnase pour les familles et un autre pour les hommes seuls.

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Cette demande a également été faite aux autorités par la mairie de la ville. "Le maire est prêt à ouvrir une salle mais à condition qu'elle soit conventionnée par l'État", explique le cabinet du maire Martial Beyaert. "Sinon, on va se retrouver comme en 2018 avec des centaines de personnes entassées dans des conditions inhumaines", aux frais de la Ville de Grande-Synthe.

En attendant une solution, les "conditions inhumaines" sont observées dans la forêt du Puythouck où entre 400 et 500 migrants sont livrés à eux-mêmes. "C'est l'horreur dans le camp, les exilés vivent dans l'insécurité permanente", constate Laure Pichot. Les migrants, dont beaucoup de femmes et d'enfants, survivent dans la boue et le froid et n'ont pas accès à des toilettes ou des douches. Selon les associations, les campements sont démantelés plusieurs fois par semaine et les tentes enlevées ou lacérées en plein hiver.

De plus, les relations entre les forces de l'ordre et les associations se durcissent. Ce week-end, des membres d'Utopia 56 ont été empêchés d'accéder aux migrants du Puythouck par des agents de la sécurité de la Ville. "Avant, ils ne voulaient pas qu'on entre dans le camp avec notre véhicule donc on se garait à proximité et on y allait à pied. Mais là, on a été bloqués à l'entrée alors qu'on venait distribuer des tentes et des couvertures", raconte la coordinatrice de l'association. "Ce genre d'incidents pompe notre énergie alors qu'on est débordés par l'urgence humanitaire à Grande-Synthe". 

À la mairie, on assure n'avoir "aucune information à ce sujet". La préfecture du Nord n'a quant à elle pas répondu à nos sollicitations.

 

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