Des migrants évacués de Zintan, en Libye, patientent devant les bus libyens qui les emmèneront à Tripoli. Crédit : Giulia Tranchina/Facebook
Des migrants évacués de Zintan, en Libye, patientent devant les bus libyens qui les emmèneront à Tripoli. Crédit : Giulia Tranchina/Facebook

Le camp de migrants de Zintan, au sud-ouest de Tripoli, tristement célèbre pour ses conditions de vie désastreuses, a été vidé de ses occupants, selon le Haut-commissariat pour les réfugiés de l'ONU (HCR). La centaine de migrants qui y étaient encore enfermée a été transférée vers la capitale, Tripoli.

Le Haut-commissariat pour les réfugiés de l'ONU (HCR) a confirmé, lundi 18 janvier, la fermeture du centre de détention de migrants de Zintan, situé à 135 km de la capitale.

Il restait 121 migrants dans le camp. "Ces derniers jours, le HCR a aidé à soutenir le transfert de tous les demandeurs d'asile détenus au centre de détention de Zintan (Daher al Jabal)", a écrit l'agence onusienne dans un communiqué. 

Des militaires libyens se seraient installés dans cet immense camp de plusieurs bâtiments, a précisé de son côté Giulia Tranchina, avocate et spécialiste des questions migratoires en Libye. "Des militaires ont commencé à s’y installer progressivement au mois de novembre 2020. Ils devraient prendre possession des lieux de manière permanente", avance-t-elle. Le HCR n'a pas confirmé cette information, il a en outre indiqué que ses équipes n'avaient pas eu accès au centre "de février à octobre 2020 pour des raisons de sécurité".

Emmenés à Tripoli

Sur les 500 migrants qui étaient enfermés à Zintan en 2020, seule une centaine étaient encore présents dans le centre au mois de janvier 2021, les autres ayant fui - après un incendie au début du mois de décembre - "ou ayant disparu", selon l'avocate, ces dernières semaines.

Ceux qui restaient ont été emmenés vers Tripoli à bord de bus dépêchés par le Département de lutte contre les migrations illégales (DCIM), du ministère libyen de l'Intérieur.

"Les personnes libérées ont reçu des colis alimentaires, des kits d'hygiène et ont eu un examen médical. Elles recevront également une aide financière ponctuelle pour les aider à couvrir leurs besoins en matière de loyer et de nourriture. En outre, des évaluations seront effectuées pour identifier les besoins urgents de protection et les aiguillages vers les services, y compris l'assistance psychosociale", écrit encore le HCR.

>> À (re)lire : Libye : le calvaire des migrants torturés et exécutés dans des centres de détention clandestins 

Giulia Tranchina est plus sceptique. Selon elle, les migrants pris en charge par le HCR ont été livrés à eux-mêmes à leur arrivée dans la capitale. "[Des] centaines de survivants sont enfin sortis [de Zintan]. Cependant, ils sont toujours en danger à Tripoli dans des conditions difficiles et nécessitent une évacuation urgente", écrit-elle sur Facebook. "Ils dorment dehors, c'est une insécurité permanente", ajoute-t-elle par téléphone à InfoMigrants.

Le camp de la honte

Zintan restera le camp de la honte pour de nombreuses associations de défense des migrants. Des détenus y sont morts ces derniers mois - 25, selon les chiffres de Giulia Tranchina - principalement de maladies et de faim.

Au mois de juillet dernier, un groupe armé avait attaqué le centre, dans le but, selon les migrants, de les kidnapper et de les exploiter. L'Organisation internationale des migrations (OIM) qui avait confirmé l'attaque, avait déclaré que les personnes à l'intérieur "avaient très peur".

Les conditions de vie des migrants en Libye ont été maintes fois dénoncées par les ONG. Les exilés sont souvent la cible de trafiquants qui les kidnappent, les violentent en échange d'une rançon pour leur libération. InfoMigrants a reçu des dizaines de témoignages de migrants qui font état de torture et d'esclavage en Libye. La crise du coronavirus a encore plus compliqué leur quotidien : les exilés qui vivent en dehors des centres de détention peinent à survivre notamment à cause de l'absence de travail.

 

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