La cité du Petit Séminaire dans le 13e arrondissement de Marseille abritait un squat de migrants évacués dans la précipitation en novembre dernier. Ils sont, depuis, logés dans des hôtels du 115 dans des conditions difficiles. Crédit : Google Street View
La cité du Petit Séminaire dans le 13e arrondissement de Marseille abritait un squat de migrants évacués dans la précipitation en novembre dernier. Ils sont, depuis, logés dans des hôtels du 115 dans des conditions difficiles. Crédit : Google Street View

Punaises de lit, coupures de chauffage, absence de cuisine : à Marseille des dizaines de migrants sont entassés dans des chambres d'hôtel, crise sanitaire oblige, dans des conditions, disent-ils, "insupportables". Ils demandent aux autorités une meilleure prise en charge et surtout une visibilité sur la durée de leur hébergement actuel qui pourrait cesser dès la fin janvier.

"Des conditions de vie insupportables ou bien la rue". Dans un communiqué de la mi-janvier, les évacués du squat Petit Séminaire dans le 13e arrondissement de Marseille manifestent leur colère quant à leurs conditions de vie. Depuis leur départ du squat fin novembre entre 70 et 80 personnes, dont des familles avec de jeunes enfants, ont été placées par les autorités dans des hôtels du 115 insalubres.

Elles affirment être entassées à plusieurs par chambre, rapportent être victimes des coupures de chauffage ou d'électricité ou encore être envahis par des punaises de lit. 

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Autre difficulté : l'absence de cuisine. "Ils ne peuvent pas manger à l'extérieur tous les jours, cela reviendrait trop cher, en particulier pour ceux qui ne survivent qu'avec l'ADA", explique Alicia du collectif de soutien aux migrants marseillais El Manba, jointe par InfoMigrants. "Plusieurs de ces personnes ont également des problèmes de santé tels que du diabète, un accès à une cuisine est donc primordial pour eux", poursuit-elle. 

En plus de conditions de vie extrêmement précaires dans ces hôtels du 115, ces migrants doivent faire face à "l'incertitude permanente". "Personne ne nous a communiqué combien de temps nous pouvions rester là, chaque jour nous pouvons être mis dehors", écrivent-ils dans le communiqué, exigeant simplement "un endroit où il est possible de se reposer et être en paix".

"Des personnes mises à l'abri dans les hôtels mobilisables disponibles"

La préfecture, contactée par InfoMigrants, rétorque que "de manière générale, les personnes évacuées n'ont pas vocation à être maintenues à l'hôtel de façon pérenne et systématique". Des évaluations sociales sont également en cours pour trouver des solutions adaptées une fois qu'elles seront sorties de l'hôtel.

S'agissant des conditions de vie actuelles desdits délogés, la préfecture rappelle que "les personnes sont mises à l'abri dans les hôtels mobilisables disponibles", "en tenant compte de la composition familiale, même si la taille des chambres varie d'un établissement à l'autre". Elle reconnaît que ces hôtels ne sont pas nécessairement en mesure de proposer une cuisine. Toutefois, un dispositif expérimental de portage de repas pour une centaine de personnes, assuré par les maraudes sociales, a été initié en amont de la crise en février 2020. "Ce dispositif est fortement monté en puissance durant la crise avec une prise en charge à ce stade d'environ 400 personnes par jour." 

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La préfecture assure également que lorsque des coupures de courant ou de chauffage sont rapportées au Service Intégré de l’Accueil et de l’Orientation (SIAO), celui-ci intervient immédiatement afin d'y remédier. "Il faut donc l'en informer si cela se produit." 

Plus de 3 600 mises à l'abri depuis le début de la crise sanitaire

Malgré les plaintes, la préfecture se félicite de ses mises à l'abri. "3 661 personnes [ont été hébergées] depuis le début de la crise sanitaire [en mars 2020] dans les Bouches-du-Rhône".

"Au 15 janvier 2021, 1 780 personnes [étaient] prises en charge à l'hôtel (soit environ 400 personnes de plus que lors du premier confinement, au plus fort des prises en charge), auxquelles s'ajoutent 560 personnes qui relèvent du Dispositif national d'accueil (DNA)", précise la préfecture qui assure offrir un accompagnement aux personnes mal-logées.

Bien qu'ils reconnaissent un effort de l'État en terme de création de places d'hébergement d'urgence, les militants estiment que ces réponses ne sont pas suffisantes. Alicia du collectif El Manba rappelle que les trois dernières grosses expulsions de squats à Marseille ont précipité des centaines de famille dans la précarité extrême et l'incertitude. Car quelques mois avant Petit Séminaire, l'emblématique squat St-Just était lui-aussi évacué et avant lui l'immeuble du boulevard Dahdah, loué par des marchands de sommeil. Certains soupçonnent même des coups montés, St-Just et Petit Séminaireayant été évacués et fermés après des incendies suspects, malgré des mois d'occupation sans histoires. 

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Un rassemblement militant est prévu fin janvier pour sensibiliser à la situation précaire des migrants à Marseille. Les acteurs associatifs envisagent également de faire converger les luttes des délogés du boulevard Dahdah, ceux de St-Just et ceux de Petit Séminaire en espérant avoir plus de poids pour défendre la cause du mal-logement à Marseille. Un fléau mis en lumière depuis l'effondrement des immeubles de la rue d'Aubagne, le 5 novembre 2018, à la suite duquel des centaines de logements ont été évalués à risque de subir le même sort dans le quartier populaire de Noailles et dans le reste de la ville. Depuis, des milliers de personnes se sont retrouvées à la rue, dont une grande partie d'étrangers sans-abri qui louaient à des marchands de sommeil.

"Le nombre précis de personnes à la rue ou mal-logées actuellement n'est pas connu", indique la préfecture qui dénombrait en 2016, selon une étude, un peu plus de 14 000 personnes ayant été au moins une fois en situation de sans-abrisme et ayant eu accès à une structure d'accueil. "La mise en place d'une opération de type 'Nuit de la solidarité' est envisagée dans les prochains mois, au moins à Marseille, ce qui permettrait de compléter les données existantes et d'avoir une idée plus précise de la situation", conclut-elle.

 

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