Sara n'a pas encore 20 ans. Elle se rend sur le bord de la route pour passer un appel, car elle n'a pas de réseau entre les containers qui lui servent d'abri. Crédit : Abdulmonam Eassa
Sara n'a pas encore 20 ans. Elle se rend sur le bord de la route pour passer un appel, car elle n'a pas de réseau entre les containers qui lui servent d'abri. Crédit : Abdulmonam Eassa

À Khartoum, la capitale du Soudan, près de 300 000 réfugiés sont confrontés à des niveaux élevés de pauvreté et à un accès limité aux moyens de subsistance. La pandémie de Covid-19 a empiré leur situation, ils dénoncent une absence totale de prise en charge par les autorités. Si le Soudan a ouvert ses portes à de nombreux réfugiés, que deviennent-ils après des années d’exil ?

REP AFRIK 18/01 SOUDAN Des milliers de réfugiés dans l’impasse


Sur un immense terrain vague le long de la route, de grands containers chauffent sous le soleil. Près de 200 familles y ont élu domicile. Ils sont Centrafricains, Sud-soudanais, Érythréens, Éthiopiens, Burundais ou Congolais comme Aziza qui a fui la RDC il y a plus de 30 ans : « il y a un an, j’ai enfin reçu une carte bancaire de la part du HCR. Mais je n’ai reçu de l’argent que pendant deux mois, témoigne-t-elle. Et puis, 2 400 livres soudanaises… ça ne fait rien ! Ça ne suffit même pas en nourriture pour un jour avec mes enfants. Mon petit garçon là, il a 12 ans, il fait du petit commerce mais ça ne rapporte pas assez. C’est très difficile pour nous. »

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Tous se sentent abandonnés par les autorités et les humanitaires. Sara, 19 ans, est née au Soudan de parents érythréens. « Dans la queue pour acheter du pain, à l’école, dans la rue, on est pointés du doigt, on a des problèmes. À l’hôpital, on nous refuse l’entrée ou on doit payer très cher. Mais pourquoi, se demande-t-elle. On n’est pas des humains comme eux ? Nous voulons être protégés. S’ils ne veulent pas qu’on meure de faim, soit ils nous naturalisent, soit ils nous envoient dans un autre pays. »

Pendant deux mois, ces réfugiés ont campé devant les locaux de l’agence de l’ONU pour les réfugiés. Ils ont été violemment délogés par la police. Mounir Omar, un Centrafricain, enrage : « certains enfants sont nés ici, Aujourd’hui ils ont 30 ans déjà. Mais pourquoi n’ont-ils pas nationalisé ces gens, pourquoi ne les ont-ils pas réinstallés ailleurs ? Comment peut-on vivre dans un pays où il n’y a pas de droits de l’Homme, ni de droits des réfugiés. Ici à Khartoum, ils n’arrivent pas à protéger les réfugiés, ils n’arrivent pas à aider les réfugiés. Et ils veulent aider ce qui vont venir à nouveau ? »

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Chaque année, environ 1 000 réfugiés sont réinstallés depuis le Soudan vers un pays tiers. C’est trop peu, regrette Nagette Belgacem responsable « protection » au UNHCR. « Pourquoi est-ce qu’on n’a pas plus de place ? Car ce sont les États de destination qui nous offrent ces places qui sont extrêmement limitées. La solution de réinstallation est infime pour la population réfugiée. Et parce qu’elles sont infimes, nous donnons la priorité aux personnes les plus vulnérables », explique-t-elle.

Les opérations du HCR au Soudan demeurent parmi les moins financées, avec seulement 50% de contributions sur les 274 millions de dollars nécessaires. Seul, le Soudan est loin de pouvoir offrir une solution de long terme à ses millions de réfugiés.

 

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