Des marcheurs dans les Alpes françaises. Crédit : Pixabay
Des marcheurs dans les Alpes françaises. Crédit : Pixabay

L’association Tous Migrants qui vient en aide aux exilés qui traversent les Alpes pour rejoindre la France, s’inquiète du harcèlement policier dont elle se dit victime. Arrêtés pendant les maraudes en montagne, à Briançon, les membres de l’association se plaignent des très nombreuses amendes qu’ils reçoivent, disent-ils, pour non-respect du couvre-feu. Et s’inquiètent du sort des migrants interceptés par la Police aux frontières.

"La situation est ubuesque". C’est avec ces mots qu’Agnès Antoine, membre de Tous migrants, dans la ville de Briançon, au pied des Alpes françaises, évoque les maraudes de son association. "Il fait -15 degrés, les exilés risquent leur vie pour traverser la montagne et arriver en France et au lieu de les aider, nous sommes harcelés". L’association reproche aux forces de l’ordre et aux membres de la Police aux frontières (PAF) de les entraver dans leur aide humanitaire. 

"Depuis le 6 janvier, nous avons déjà récolté une trentaine d’amendes pendant nos maraudes de soirées pour non-respect du couvre-feu", explique-t-elle. Les associations sont pourtant autorisées à prolonger leurs activités au-delà de 20h avec une attestation. Les bénévoles assurent que les forces de l’ordre n’en ont que faire. 

"Respect des règles"

"Les contrôles arbitraires, notifications d’amendes, auditions libres et autres pressions envers les citoyens et citoyennes qui chaque soir essaient de porter assistance aux exilé(e)s se sont multipliés", peut-on lire dans un communiqué publié par Tous Migrants et Médecins du monde. "La nuit du 8 janvier 2021, j’ai été contrôlé quatre fois par deux équipes de gendarmes alors que je maraudais dans Montgenèvre. Cette même soirée, j’ai été notifié de trois amendes alors que j’étais en possession de mon ordre de mission et de mon attestation dérogatoire de déplacement délivrés par l’association Tous Migrants", ajoutent les auteurs du texte. 

Contactée par InfoMigrants, la préfecture des Hautes-Alpes se défend de harcèlement et de contrôles abusifs. "Les services chargés du contrôle aux frontières agissent dans le respect des règles de droit et des personnes qu’elles contrôlent", explique-t-elle dans un communiqué. "Concernant les maraudes exercées pendant le couvre-feu, les salariés et bénévoles peuvent se déplacer entre 18h et 6h pour l’aide aux personnes précaires en présentant une attestation professionnelle fournie par l’association. Il appartient à l’autorité de police verbalisatrice d’apprécier la validité des documents qui lui sont présentés."

"La PAF nous demande de venir chercher des migrants dans leurs locaux"

Pour Agnès Antoine, le comportement de la police est surtout incompréhensible. "Ils nous harcèlent et dans le même temps, ils nous demandent de les aider, de venir chercher des migrants quand ils sont dans les locaux de la PAF. Parce qu’ils ne savent pas quoi faire d’eux. C’est vraiment dingue".

Dernier exemple en date, dans la nuit du vendredi 15 janvier au samedi 16 janvier. Vingt-deux migrants, Iraniens et Afghans, dont des enfants et un nouveau-né, sont interceptés par la police dans la montagne puis emmenés dans les locaux de la PAF. Selon Tous Migrants, "toutes les personnes arrêtées ont reçu des OQTF et des IRTF délivrées par la préfète". Après les avoir interrogés, la PAF a appelé l’association. "Ils nous ont demandé de venir pour nous en occuper", soupire-t-elle. 

De plus en plus de familles parmi les exilés

L’association reproche également aux forces de l’ordre de bafouer les droits des migrants. "L’État militarise la frontière, traque les exilé(e)s et les reconduit quasi systématiquement en Italie sans même vérifier s’ils souhaitent demander l’asile en France", écrivent-ils encore dans leur communiqué.

Selon Tous Migrants, le profil des exilés traversant les Alpes a changé ces derniers mois. Auparavant, les personnes secourues étaient majoritairement des hommes, en provenance d’Afrique de l’Ouest "qui remontaient l’Italie depuis le sud avant de traverser les Alpes". Aujourd’hui, les migrants sont davantage des familles venues du Moyen-Orient. "Elles arrivent de Slovénie, passent par Trieste (dans le nord de l’Italie), et arrivent aux Alpes", explique Agnès Antoine. "Ce sont beaucoup de familles avec des femmes enceintes, des enfants et même des bébés en bas âge".

Depuis le mois de septembre 2020, les maraudes ont permis de porter assistance à 196 personnes, écrivent les bénévoles de l’association. 


 

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