Environ 400 demandeurs d'asile entassés par dizaines dans des dortoirs vivent dans cette ancienne caserne militaire près de Folkestone dans le sud du Royaume-Uni. Crédit : Picture alliance
Environ 400 demandeurs d'asile entassés par dizaines dans des dortoirs vivent dans cette ancienne caserne militaire près de Folkestone dans le sud du Royaume-Uni. Crédit : Picture alliance

Grèves de la faim, manifestations, tentatives de suicide et désormais un cluster du coronavirus… la situation ne cesse de se dégrader dans la caserne de Napier, un centre d'hébergement pour demandeurs d'asile situé au sud-est de Londres. Pour limiter la contagion, les résidents ne peuvent désormais plus sortir de l'établissement. Ils demandent leur évacuation et une prise en charge appropriée des personnes malades.

Ce que les demandeurs d'asile vivant dans l'ancienne caserne militaire de Napier craignaient le plus est en train de se produire : plusieurs cas de coronavirus ont été confirmés, mardi 19 janvier, par les autorités dans ce centre d'hébergement situé près de Folkestone, dans le sud de l'Angleterre.

Quelque 400 demandeurs d'asile y sont entassés depuis des mois dans des conditions sordides : plusieurs dizaines par dortoir, toilettes cassées, lavabos hors d'usage ou encore espaces de vie bondés sont le quotidien de ces exilés qui ont manifesté leur colère la semaine dernière et tenu plusieurs jours en grève de la faim.

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Le Home Office, équivalent du ministère de l'Intérieur britannique, refuse d'indiquer le nombre précis de demandeurs d'asile infectés par le coronavirus, dont le variant anglais est considéré comme particulièrement contagieux. Une lettre adressée samedi à l'ensemble des résidents de la caserne par la direction de l'entreprise privée qui gère l'établissement impose un isolement total et une interdiction de sortir. "Vous ne devez en aucun cas quitter le site. La police est au courant de la situation et si vous ne tenez pas compte de cet avis, vous pourrez faire l'objet de pénalités ou être arrêté", peut-on lire dans la lettre que s'est procuré le quotidien The Independent.

La cantine a également été fermée, mais les résidents doivent tout de même faire la queue, ensemble dans des pièces et des couloirs exigus, pour obtenir un maigre sandwich, les repas chauds ayant été interrompus, rapporte la presse britannique. Les personnes testées positives, quant à elles, doivent rester dans leur dortoir, tout comme leurs voisins de chambrée, et attendre qu'un repas leur soit apporté pour éviter de se mélanger aux autres, explique le Home Office.

Le ministre chargé de l'Immigration, Chris Philp, assure, pour sa part, que ses équipes collaborent étroitement avec le ministère de la Santé "pour s'assurer que les personnes infectées ou cas contact puissent s'isoler et suivre tous les conseils médicaux qui leur sont prodigués". Une ligne d'écoute 24h sur 24 tenue par l'ONG Migrant help a également été mise à leur disposition, ajoute-t-il.

"Les résidents qui ont le Covid vivent normalement avec les autres"

Malgré ces mesures, l'inquiétude monte parmi les résidents qui, de l'intérieur, n'ont pas la même vision de la crise. "Ceux qui ont le coronavirus vivent tout à fait normalement avec les autres. Certains résidents ne portent pas de masques et la distanciation sociale n'est pas toujours respectée", raconte un demandeur d'asile yéménite, interrogé par The Independent. L'homme de 35 ans partage sa chambre avec 28 autres personnes uniquement séparées par des draps suspendus entre leurs lits.

"J'ai peur. J'ai fui la guerre au Yémen et suis venu en Angleterre pour y trouver la sécurité. Au final, je risque de mourir du coronavirus dans cette caserne ", ajoute-t-il. 

Les résidents, soutenus par plusieurs associations de défense des migrants, demandent l'évacuation au plus vite du site et leur placement dans des établissements appropriés où ils pourront s'isoler convenablement. Des membres associatifs exhortent également les autorités à accélérer l'instruction des dossiers de demande d'asile des résidents de Napier au vu de la situation exceptionnelle.

Des demandes qui ont peu de chance d'aboutir, la position des autorités demeurant jusqu'à présent la fermeté. Ainsi, répondant aux critiques quant aux conditions de vie dans la caserne, le ministre chargé de l'Immigration Chris Philp déclarait la semaine dernière que "ces migrants n'auraient pas dû [venir au Royaume-Uni] en premier lieu". "Les résidents de Napier sont généralement venus de France sur de petits bateaux. C'est un voyage non seulement dangereux mais aussi inutile."

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Le ministre a également indiqué cette semaine que les résidents de Napier ne respectant pas les mesures sanitaires s'exposaient à des sanctions. Il estime que les migrants mettent non seulement leur santé en danger mais aussi celle des équipes de gestion du centre et plus largement celle de l'ensemble de la communauté.

 

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