Des enfants dans le nord de Paris. Crédit : InfoMigrants
Des enfants dans le nord de Paris. Crédit : InfoMigrants

Tout en reconnaissant un effort des autorités françaises pour organiser une campagne vaccinale efficace auprès des migrants, plusieurs ONG s'inquiètent de la lenteur des vaccinations et espèrent que les centres d’hébergement d’urgence pourront en bénéficier au printemps.

Vulnérables et précaires, les migrants figurent en bonne position sur la liste des populations les plus menacées par la crise sanitaire. Mais leur place dans la campagne de vaccination contre le Covid reste encore à préciser. Médecins sans frontières (MSF) espèrent que d’ici trois ou quatre mois, des vaccins seront disponibles.

"On aimerait qu’au printemps, la campagne de vaccination débute", explique Corinne Torre, de l’ONG, contactée par InfoMigrants. "Il ne faut pas trop tarder parce qu’après la trêve hivernale, il pourrait y avoir des remises à la rue, des fermetures de centres… On perdrait la trace de nombreux migrants".

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Dans l'attente des premiers vaccins, la Haute autorité de santé (HAS) avait dès novembre classé les quelque 300 000 à 600 000 sans-papiers de France parmi ses cibles prioritaires.

"Vaccination gratuite"

Pour l’heure, les Ehpad, le personnel soignant, et les personnes âgées hors Ehpad sont prioritaires. "Mais les migrants ne sont pas oubliés ou mis de côté. Ils sont prévus dans la campagne vaccinale, c’est ce qu’il ressort de nos réunions de travail avec le ministre de la Santé", déclare confiante Corinne Torre tout en rappelant que "la vaccination est gratuite pour tous, même pour les personnes sans couverture médicale - qui n’ont pas d’AME, ou de PUMA".

"Le gouvernement affiche une bonne volonté, ces publics sont priorisés, le discours est parfait mais on n'a pas d'information sur ce qui va être fait", regrette de son côté Carine Rolland, membre du conseil d'administration de Médecins du monde (MdM).

MSF rappelle que les migrants sont particulièrement exposés au coronavirus. "Près de 89% des migrants que nous avons rencontrés dans deux foyers de Seine-Saint-Denis étaient positifs au Covid en tests sérologiques, pendant la première vague". Dans les foyers de travailleurs immigrés, les occupants sont souvent âgés et en surnombre, ce qui augmente leur risque d’être atteint par le virus.

Une population particulièrement exposée

Les migrants sont-ils prêts à se faire vacciner ? "Nous n’avons pas encore abordé le sujet. Leur seule obsession pour le moment, c’est de trouver un hébergement et obtenir un accès à leurs droits", détaille encore Corinne Torre. "Tant que les centres de vaccination ne sont pas ouverts, nous ne lançons pas de campagne. Pour l’heure nous faisons de la sensibilisation, nous pensons à traduire toute la documentation concernant la vaccination en différentes langues". 

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France terre d’asile (FTDA) prend à cœur la compréhension de la campagne vaccinale par toutes les nationalités. "Je me pose des questions sur la capacité des personnes à comprendre", explique Delphine Rouilleault, directrice générale de FTDA, "l'interprétariat doit être prévu pour qu'ils puissent donner leur consentement correctement".

"Si on me propose le vaccin, je le prendrai"

L’AFP de son côté a pu interroger plusieurs migrants. "Je ne sais pas si on peut avoir confiance à 100% dans ce vaccin, mais si on me le propose, je le prendrai", a déclaré un Afghan de 30 ans, qui vit en France depuis "un peu plus d'un an". "Je me lave les mains, je porte un masque...", assure l'homme qui se rend les jeudis matins dans le nord de Paris aux distributions alimentaires, où se pressent des dizaines de migrants.

En l'absence d'un calendrier défini, les autorités se veulent rassurantes. "Si un demandeur d'asile est diabétique, il aura été inclus dans les premières phases [des gens à vacciner]", assure-t-on à la Haute autorité de santé. Les personnes les plus fragiles parmi les migrants pourront donc, en théorie, accéder plus rapidement aux vaccins.

 

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