Cette "aire d'accueil" a été ouverte par deux associations dans le centre de Bordeaux à la mi-novembre pour héberger un maximum de 16 sans-abri. Crédit  : Estelle Morizot / La maraude du coeur Bordeaux
Cette "aire d'accueil" a été ouverte par deux associations dans le centre de Bordeaux à la mi-novembre pour héberger un maximum de 16 sans-abri. Crédit : Estelle Morizot / La maraude du coeur Bordeaux

Alors que la préfecture de Gironde annonce un taux d'occupation des hébergements d'urgence de seulement 93%, des associations ont découvert que les places supposées vacantes n'étaient pas adaptées au public qui se trouve dans la rue. Composé majoritairement de migrants, les sans-abri à Bordeaux sont évalués au nombre de 250 par les associations.

Tentes inondées, absence de sanitaires, promiscuité et bien sûr températures glaciales : à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, les sans-abri, dont une majorité de migrants, n'échappent pas aux défis de l'hiver, en particulier depuis le passage, fin décembre, de la tempête Bella qui a fortement dégradé leur moral et leurs maigres possessions. Les associations locales estiment qu'ils sont environ 250 à la rue actuellement, dont 150 dans l'hyper centre de la ville et 100 disséminés dans le secteur de Bordeaux-Lac. 

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Devant l'urgence sanitaire et les conditions météorologiques difficiles, une quarantaine d'associations ont lancé, le 10 janvier, une pétition réclamant une audience à la préfecture ainsi que la mise à l'abri immédiate et pérenne de ces sans-abri. "Les laisser dans ces conditions, c’est inhumain ! C’est inacceptable !", écrivent les associatifs. Près de 30 000 signatures ont été recueillies en une dizaine de jours. 

Une demande à laquelle la préfète de Gironde, Fabienne Buccio, a répondu par médias interposés affirmant que le parc des hébergements n'était pas saturé en Gironde. Dans un communiqué datant de début décembre, elle indique notamment que 4 192 places étaient ouvertes dans le département et que 1 123 places hivernales avaient été créées en renfort, avec un "volume ajusté toutes les semaines en fonction des besoins". Le taux d’occupation des dispositifs d'accueil d'urgence serait de 93%, soit 116 places toujours vacantes.

"Des demandes non pourvues sont à constater tous les jours", selon le 115

Or, sur le terrain, les membres associatifs affirment être témoins d'une réalité tout autre que celle des chiffres annoncés. S'appuyant sur les tableaux d'hébergement d'urgence publiés sur le site de la préfecture, ils expliquent que les 116 potentielles places ne sont pas adaptées au public qui se trouve actuellement dans la rue, composé en grande partie d'hommes seuls ou de couples.

"Ces places sont réservées par exemple à des toxicomanes, des anciens détenus ou encore des femmes battues. Il y a bien quelques places pour des familles mais c'est à plus de 30 kilomètres de Bordeaux, dans le bassin d'Arcachon, ce qui pose notamment problème lorsque les enfants sont déjà scolarisés", détaille à InfoMigrants Bernie, une militante du collectif Bienvenue, signataire de la pétition.

Les associations évaluent le taux d'occupation des hébergements d'urgence en Gironde à près de 100% avec à l'appui un email du 115 attestant que "les dispositifs d’hébergement d’urgence sont bien complets, et que des demandes non pourvues sont à constater tous les jours". "On demande au moins l'ouverture dans l'urgence d'un gymnase ou pourquoi pas une réquisition", reprend Bernie.

La préfecture craint "un appel d'air"

En attendant, "une aire d'accueil" faite de cabanes en palettes recouvertes de bâches a été ouverte par deux associations mi-novembre, quai Sainte-Croix, au bord de la Garonne. Une bonne dizaine de sans-abri y a trouvé refuge, au grand dam des services de l'État qui s'inquiètent de l'apparition d'un nouveau bidonville en plein cœur de Bordeaux. "Ce genre de situations n’est pas souhaitable parce que cela peut provoquer un appel d’air. L’État a déployé des moyens colossaux pour la création de nouvelles places d'hébergement. En cinq ans, leur nombre a triplé", a fait valoir la préfecture dans la presse locale.

Un argument maintes fois employé et à chaque fois balayé par les associations : "Au Quai Sainte-Croix, comme à Bordeaux-Lac ou ailleurs, les actions menées ne constituent pas un 'appel d’air'. Ce ne sont que des habitats non pérennes, précaires, succincts et loin de leur idéal de vie, où ces personnes ont trouvé refuge à défaut de solutions proposées par l'État", écrivent-elles dans une lettre ouverte envoyée à la préfète mi-janvier et restée sans réponse à ce jour.

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"L'argument de l'appel d'air est d'autant moins recevable qu'à chaque fois qu'une place d'hébergement pérenne est trouvée pour l'un des sans-abri de Saint-Croix, sa cabane est détruite. Ce camp n'a pas vocation à rester là, il protège juste une poignée de personnes à la rue des intempéries", rassure Bernie. Trois personnes ont été déjà prises en charge par la Fondation Abbé Pierre et le CCAS de Bordeaux grâce aux efforts de deux associations et des médiateurs de Bordeaux Métropole. Deux autres seront hébergées dans les prochaines semaines par le même CCAS.

Contactée par InfoMigrants, la préfecture n'a pas souhaité répondre à nos questions. Elle affirme rencontrer "régulièrement" les associations pour les écouter mais assure qu'elle n'a pas été "saisie directement" dans le dossier des actuels sans-abri. Le sujet, conclut-elle, sera abordé d'ici la fin de la semaine lors d'un discours de présentation des vœux de la préfète.

 

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