Le CRA du Mesnil-Amelot, à proximité de l'aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle, le 26 avril 2019. Crédit : InfoMigrants
Le CRA du Mesnil-Amelot, à proximité de l'aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle, le 26 avril 2019. Crédit : InfoMigrants

Exaspérés par la perspective d’un enfermement sans fin dans les centres de rétention administrative (CRA) en raison des fermetures des frontières et de l'absence de vols, des migrants se sont rebellés, mercredi. Ils ont mis le feu à un bâtiment du CRA du Mesnil-Amelot, en région parisienne. La Cimade évoque des "personnes à bout". Plusieurs sans-papiers ont été placés en garde à vue.

Mercredi 20 janvier, vers 11h15, deux bâtiments du centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, en région parisienne, ont été incendiés par plusieurs migrants. Les dégâts sont importants puisque plusieurs chambres et espaces de vie sont inutilisables mais les pompiers sont intervenus très rapidement. Aucun blessé grave n’est à déplorer. 

"Nous n’avons pas d’informations précises sur le déroulement des événements. Nous savons simplement que sept ou huit personnes ont été placés en garde à vue", déclare Mathilde Godoy, porte-parole de la Cimade, l'association d’aide aux migrants, qui est présente au sein de ce CRA, le plus grand de France.

"Ils deviennent fous"

Le mobile de l’incendie n’a pas été encore formellement identifié mais la situation est "très tendue" depuis plusieurs mois, rappelle la Cimade. Le CRA du Mesnil-Amelot tourne à plein régime avec 70 personnes dans ses locaux (la capacité maximale en temps de coronavirus).

>> À (re)lire : France : "La rétention administrative, c'est de la criminalisation des personnes étrangères"

Et la crise sanitaire n’a rien arrangé. "En raison de la fermeture des frontières et de l'absence de vols aériens, les personnes restent en CRA. Ils vont même jusqu’au bout de la durée maximale d’enfermement, trois mois [90 jours, ndlr] ! Et une fois ce temps écoulé, ceux qui sortent, passent en comparution immédiate, se voient confirmer la mesure d’éloignement et retournent en CRA dès le lendemain… pour 90 jours à nouveau !", détaille Mathilde Godoy. "Comment voulez-vous que les gens restent calmes ? Les voisins de chambre voient les mêmes personnes sortir et revenir à nouveau. Ils deviennent fous".

"Ce sont comme des courtes peines de prison"

Exaspérés par une expulsion qui n’arrive jamais et par la perspective d’un enfermement sans fin, les sans-papiers sont donc "à bout". "Ils sont enfermés pour rien ! 90 jours, c’est suffisamment long pour perdre le boulot qu’on avait trouvé, pour perdre le logement qu’on avait loué ! Les passages en CRA, ce sont comme des courtes peines de prison, à la fin, on n’a plus rien ! Sauf qu’eux, ils n’ont rien fait. Ils sont là parce qu’ils n’ont pas de papiers, pas parce qu’ils ont un commis un délit". 

Autre élément qui a mis le feu aux poudres : les tests PCR (pour savoir si une personne est atteinte du coronavirus). Ces tests sont réclamés par plusieurs États pour s’assurer que les voyageurs entrant dans le pays sont "négatifs au coronavirus". Pas d’exception pour les personnes en situation irrégulière. "Plusieurs sans-papiers ont refusé de se soumettre aux tests. Et refuser est un droit", rappelle Mathilde Godoy. "Pourtant, ils sont intimidés, quand ils refusent de s’y soumettre, ils peuvent être condamnés. Une personne a récemment pris quatre mois de prison ferme à cause d'un refus de test PCR !"

>> À (re)lire : Centres de rétention en France : la colère d'étrangers sans perspective d'avenir

Depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, les conditions de vie dans les CRA français sont régulièrement dénoncées par les collectifs d'aide aux sans-papiers. InfoMigrants a écrit de nombreux articles sur les suicides, les tentatives de suicide, les cas d'automutilation et les grèves de la faim qui s'y déroulent.

 

Et aussi