Image d'archives d'un naufrage au large de la Libye. Crédit : Reuters
Image d'archives d'un naufrage au large de la Libye. Crédit : Reuters

Quarante-trois migrants sont morts dans le naufrage de leur embarcation au large de la Libye, mardi 19 janvier, et dix personnes ont été secourues. InfoMigrants s’est entretenu avec l’ami d’un rescapé : il raconte ce qu’il s’est passé en mer Méditerranée ce jour-là.

Un naufrage s’est produit mardi 19 janvier au large des côtes libyennes. Quarante-trois personnes ont perdu la vie, 10 autres ont par ailleurs survécu.

L’embarcation est partie à l’aube mardi de Zouara avec une cinquantaine de passagers à son bord, tous des hommes originaires d’Afrique subsaharienne, explique à InfoMigrants Sylla, un Guinéen en contact avec un rescapé et qui vit aussi en Libye.

"Lorsqu’ils ont quitté les côtes libyennes, l’eau était encore calme. Mais quand ils sont arrivés vers les eaux internationales, la mer s’est agitée", raconte Sylla. La panique s’est alors emparée des passagers qui se bousculaient pour tenter de rester à bord de l’embarcation. Le capitaine a fait demi-tour pour revenir en Libye. Mais sur le chemin du retour, d’énormes vagues ont fait vaciller le canot.

Tous les migrants sont tombés à l’eau. Ceux qui savaient nager ont pu remonter à bord du bateau. L’un d’eux, Moussa, bon nageur, a aidé les autres pour éviter qu’ils ne se noient. "Il a notamment soulevé un ami, Souleymane, l’a déposé sur le canot et est reparti pour porter assistance aux autres", précise Sylla.

Quelques minutes plus tard, une autre vague a balayé une nouvelle fois le canot. "Les gens sont retombés à l’eau. Certains se sont accrochés aux bouées, comme Souleymane, mais ils se sont finalement noyés. Ils n'avaient plus de force, ils étaient épuisés", continue Sylla. "Je suis fatigué, je ne peux plus tenir" sont les derniers mots prononcés par Souleymane.

InfoMigrants connaissait Souleymane. Ce dernier avait témoigné en mars de ses conditions de vie en Libye.

Les rescapés envoyés en prison

Quand la mer s’est un peu calmée, les 10 migrants sains et saufs ont repris la direction de la Libye. Sur la route, ils ont croisé des pêcheurs tunisiens qui ont appelé les garde-côtes libyens. Ces derniers sont arrivés quelques minutes plus tard et les ont déposés au port de Zouara. Une aide d'urgence, dont de la nourriture et de l'eau, leur a été fournie par l'ONU et ses partenaires.

Si certains ont réussi à s’échapper à leur arrivée au quai, d’autres ont été pris en charge par les Libyens et envoyés en prison. Moussa, qui a tenté de secourir ses compagnons d'infortune, est en sécurité dans la ville chez des proches mais il est souffrant, selon ses amis avec qui InfoMigrants est en contact. "Il a des brûlures sur tout le corps", signale Mamadou, un autre Guinéen.

Dans un communiqué conjoint, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) se sont dits "profondément attristés" par ce naufrage survenu mardi, "le premier de 2021 en Méditerranée centrale".

La Méditerranée demeure la route maritime migratoire la plus meurtrière au monde. Plus de 20 000 personnes s'y sont noyées ces six dernières années, d'après les chiffres de l’OIM.

 

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