Archive de migrants africains traversant la frontière égyptienne à Sallum en 2011. Crédit : Imago/Xinhua
Archive de migrants africains traversant la frontière égyptienne à Sallum en 2011. Crédit : Imago/Xinhua

Porté par le roi du Maroc Mohammed VI, responsable au sein de l'Union africaine du dossier des migrations, l'Observatoire africain des migrations commencera son travail de recherche et de collecte de données en février. Celles-ci doivent servir à établir de meilleures politiques migratoires à travers l'Afrique tout en offrant une vision plus équilibrée sur cette question.

Le tout premier Observatoire africain des migrations commencera ses activités le mois prochain à Rabat, la capitale marocaine. Plus de deux ans après l'adoption du pacte international de Marrakech pour une "migration sûre", cet établissement créé sous la houlette de l'Union africaine doit permettre au continent de collecter et échanger ses propres données sur la migration. Le but affiché : aider au développement de politiques migratoires en Afrique, offrir une vision claire sur la migration africaine mais aussi déconstruire les idées reçues autour de cette question.

Pour en savoir plus sur l'Observatoire, InfoMigrants s'est entretenu avec Sabelo Mbokazi, chargé du dossier des migrations au sein du département des affaires sociales de l'Union africaine.

InfoMigrants : Qu'est-ce que l'Observatoire africain des migrations ?

Sabelo Mbokazi : Inauguré le 18 décembre 2020, journée internationale des migrants, l'Observatoire africain des migrations est une agence dépendant de l'Union africaine établie pour répondre au besoin pressant de générer des données et des informations sur les phénomènes migratoires en Afrique.

L'Observatoire a été créé dans le but d'améliorer les politiques de gouvernance des migrations à travers le continent, de servir d'outil africain pour combler les lacunes des données sur les migrations, et de guider les pays africains dans l'élaboration de politiques migratoires efficaces.

Il compte servir les 55 États membres de l'Union africaine ainsi que les 8 Communautés économiques régionales du continent. La priorité ayant pour l'instant été mise sur l'installation des bureaux et des équipes à Rabat, au Maroc, les activités de l'Observatoire débuteront officiellement en février.

IM : Quelles sont ses missions principales ?

S. M. :

  • Fournir au continent africain des données unifiées et centralisées sur la migration à des fins de recherche, de formulation et programmation des politiques migratoires ;
  • Développer une meilleure connaissance des phénomènes de mobilité et de migration ;
  • Contribuer à l'élaboration des politiques migratoires basées sur des faits chiffrés ;
  • Développer la capacité de chaque pays membre de l'Union africaine et chaque communauté économique régionale à collecter et gérer des données sur la migration ;
  • Soutenir et participer aux initiatives déjà existantes comme : le Centre africain pour l'étude et la recherche sur la migration, le Centre opérationnel continental de lutte contre l'immigration clandestine ou encore l'Institut de statistiques panafricain (STATAFRIC).

Son mandat ne prévoit toutefois pas la gestion à proprement parler des flux migratoires sur le continent notamment via des actions d'assistance ou de prévention sur le terrain par exemple.

Quant aux travaux de recherches et d'études des données collectées, ils seront surtout menés par une nouvelle agence spécialisée, le Centre africain pour l'étude et la recherche sur la migration, à Bamako au Mali, qui sera opérationnel courant 2021 et collaborera étroitement avec l'Observatoire.

IM : Pourquoi était-ce important pour l'Afrique de se doter de son propre Observatoire des migrations ?

S. M. : Malgré le fait que la majeure partie de la migration en Afrique soit intercontinentale, actuellement, le financement des activités et de la recherche sur la migration provient principalement de l'Union européenne. Ce financement concerne donc beaucoup les pays d'origine d'où partent les migrants qui se rendent en Europe. C'est d'ailleurs pourquoi l'UE a établi le processus de Rabat et le processus de Khartoum, des initiatives financées par Bruxelles qui visent à lutter contre la migration irrégulière sur la route migratoire du nord, de l'Afrique à l'Europe. Il est à noter qu'il n'y a pas d'initiatives similaires ni dans le sud ni quasiment aucune en Afrique de l'Est, probablement parce que les pays de cette partie du continent ne sont pas les principaux pays d'origine des migrants clandestins en Europe.

Un autre exemple de la nature déséquilibrée du soutien de l'UE à l'Afrique dans le domaine de la migration est le Fonds fiduciaire d'urgence de l'UE pour l'Afrique (EUTF), créé en 2016 après le sommet de La Valette sur les migrations de 2015 pour s'attaquer aux causes profondes de la migration irrégulière et du déplacement de personnes en Afrique. L'EUTF est une initiative de 4,7 milliards d'euros qui est opérationnelle dans uniquement 26 des 55 pays africains répartis dans plusieurs régions, dont le Sahel et le lac Tchad, la corne de l'Afrique et l'Afrique du Nord. L'EUTF a également une composante de recherche mais elle se concentre sur les migrations dans la Corne de l'Afrique, en Afrique de l'Ouest et en Afrique du Nord. Soit encore un organe qui ne couvre pas l'Afrique de manière exhaustive, mais uniquement les pays d'origine des migrants qui vont en Europe.

Si l'Afrique veut gérer le phénomène migratoire de manière plus équilibrée, il est donc essentiel de disposer de données également équilibrées sur la migration. À cet égard, l'Observatoire générera des informations géographiquement équilibrées sur les migrations qui répondent aux besoins ressentis du continent en matière de gestion factuelle du phénomène.

 

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