Le camp de Kara Tepe, sur l'île grecque de Lesbos. Crédit : : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Le camp de Kara Tepe, sur l'île grecque de Lesbos. Crédit : : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Une partie du camp pour migrants de Lesbos est contaminée au plomb, ont indiqué la semaine dernière les autorités grecques, confirmant les craintes des humanitaires. Une vingtaine d'ONG ont exhorté mardi le gouvernement à évacuer "immédiatement" les migrants et à les transférer dans des "installations appropriées".

Faisant suite aux demandes incessantes de plusieurs ONG, dont Human rights watch (HRW) et Médecins sans frontières (MSF), le gouvernement grec a finalement procédé fin novembre à des relevés d'échantillons de sol du camp pour migrants de Lesbos, afin de tester sa contamination au plomb.

Le site de Kara Tepe, qui accueille plus de 7 000 personnes, est situé sur un ancien champ de tir militaire. "Les champs de tir sont bien connus comme étant des sites contaminés par le plomb en raison des balles, des coups de feu et des douilles qui contiennent du plomb et se retrouvent dans le sol", avait alerté début décembre HRW. "Le plomb peut facilement se propager dans l'air, en particulier dans des conditions sèches et venteuses, qui existent souvent à Lesbos", expliquait alors l'ONG.

Manque de transparence des autorités

Bien que les résultats soient tombés le 8 décembre, les autorités ne les ont rendu publics que le 23 janvier, soit sept semaines plus tard. Selon le gouvernement, un seul échantillon - sur les 12 effectués - provenant d'une partie inhabitée du camp de Kara Tepe "présente une concentration de plomb supérieure aux normes" internationales, sans donner plus de précisions.

Dans la foulée, le ministère grec des Migrations et de l'Asile a annoncé l'ouverture d'une enquête d'une "commission d'experts constituée par le Bureau européen d'appui en matière d'asile (EASO)" pour analyser le sol du camp où ont été logés "temporairement" les migrants du camp de Moria, détruit par le feu en septembre. 

Dans un communiqué publié mercredi, HRW regrette le manque de transparence des autorités et leur demande "de publier le plan de test et les résultats des tests, qui devraient inclure des informations telles que les niveaux de plomb pour chaque échantillon, les profondeurs de l'échantillon et les emplacements exacts (...)" des relevés effectués. Selon l'ONG, cette absence d'information ne permet pas "d'évaluer ce que les résultats représentent ou de recommander des stratégies spécifiques pour faire face aux risques identifiés".

Si la zone contaminée au plomb n'est pas habitée par des migrants, elle est néanmoins utilisée par des ONG qui ont installé des bureaux dans cette partie du camp. Des habitants, y compris des enfants, font quotidiennement la queue devant les locaux des humanitaires pour obtenir du soutien et des informations. "Les jeunes enfants risquent d'ingérer du plomb lorsqu'ils jouent ou s'assoient sur un sol contaminé", insiste HRW.

"Arrêtez de jouer avec la vie humaine"

"Le gouvernement grec a sciemment construit un camp de migrants sur un champ de tir, puis a fermé les yeux sur les risques potentiels pour la santé des résidents et des travailleurs", a de son côté affirmé Belkis Wille, chercheur principal sur les crises et les conflits à HRW.

Face aux critiques des ONG, le ministère des Migrations et de l'Asile a répondu le 23 janvier que des mesures adéquates avaient été prises pour empêcher tout risque de contamination, en plus "des mesures préventives prises dès le début de l'installation du camp" en septembre. Des travaux seront prochainement réalisés dans les lieux contaminés comme l'ajout d'un nouveau sol, de gravier et d'une base de ciment.

Mais ces réponses ne convainquent pas les humanitaires. Mardi 26 janvier, une vingtaine d'ONG ont publié une déclaration commune appelant à "l'évacuation immédiate du camp et le transfert des demandeurs d'asile dans des installations appropriées". "Arrêtez de jouer avec les vies humaines, il est urgent d'assurer la santé des résidents et des travailleurs dans le camp de Lesbos", ont exhorté les ONG.

 

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