Une famille de réfugiés soudanais du Darfour à Tripoli en Libye, en juin 2020. Crédit : HCR / Mohamed Alalem
Une famille de réfugiés soudanais du Darfour à Tripoli en Libye, en juin 2020. Crédit : HCR / Mohamed Alalem

Alors que plusieurs crises en Afrique subsaharienne forcent un nombre croissant de personnes à fuir, l'ONU appelle à des efforts accrus sur les routes de la Méditerranée et demande le soutien financier de la communauté internationale.

Entre conflits armés, extrême pauvreté, insécurité alimentaire, changements climatiques et pandémie de Covid-19, l'ONU estime que 2,9 millions personnes ont fui de chez elles au cours des derniers mois, dans la seule région du Sahel qui englobe le Burkina Faso, le Tchad, le Mali et le Niger. Si elles ont, dans un premier temps, principalement trouvé refuge à l'intérieur de leur pays ou dans les États voisins, l'absence de perspectives de paix et de stabilité dans la région va pousser davantage de déplacés à s'aventurer sur les routes terrestres et maritimes à destination de l'Europe, souligne le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) dans un communiqué publié mercredi 27 janvier.

"Confrontés à un exil prolongé, aux difficiles conditions de vie dans les pays d'accueil voisins, à l'impact économique durable de la pandémie de Covid et au manque d'alternatives viables, beaucoup continuent à tenter la périlleuse traversée maritime vers l'Europe", écrit l'agence onusienne qui prévient que les nombreux cas de traite et les abus, tels que les enlèvements contre rançon, le travail forcé, l'esclavage sexuel et la violence sexiste aux mains des trafiquants et des gangs, "vont très probablement se poursuivre".

>> À (re)lire : Plus d'un millier de morts en Méditerranée en 2020

"Les déplacements dans la région ont quadruplé en seulement deux ans, alors que le nombre de déplacés internes s’élevait à 490 000 au début de l’année 2019", expliquait Boris Cheshirkov, l'un des porte-paroles du HCR, lors d'une conférence de presse à Genève le 22 janvier. Et de poursuivre : "Plus de la moitié des déplacés internes dans la région sont des Burkinabés. La région du Sahel accueille également plus de 850 000 réfugiés, principalement originaires du Mali."

100 millions de dollars pour mieux protéger les réfugiés en route vers la Méditerranée

D'importants mouvements de population à l'est et dans la Corne de l'Afrique sont également à prévoir, et la situation en Centrafrique nécessite également un soutien plus important, ajoute le HCR. Selon Boris Cheshirkov, "60 000 personnes ont été forcées de chercher refuge dans les pays voisins de la Centrafrique depuis décembre, soit un doublement de la population déracinée durant la seule semaine dernière."

Le HCR demande donc à la communauté internationale "de faire davantage pour sauver la vie des réfugiés qui empruntent les routes dangereuses menant à la Méditerranée". Il propose, dans cette optique, un plan d'action stratégique pour l'année 2021 et lance un appel de fonds conséquent de plus de 100 millions de dollars "pour renforcer la protection, dans les pays africains, des réfugiés en route vers la Méditerranée". "La priorité absolue est d'offrir des alternatives sûres et viables à ces dangereux périples caractérisés par les abus et la mort."

L'agence veut pouvoir accroître l'identification des migrants empruntant ces routes ainsi que leur assistance en améliorant l'accès à l'éducation et aux moyens de subsistance dans les pays d'asile. Pour limiter les départs vers les dangereuses routes migratoires, les États africains sont également appelés à favoriser les politiques de regroupement familial et à utiliser davantage les deux centres de transit d'urgence existants au Rwanda et au Niger pour les personnes évacuées depuis la Libye. Depuis novembre 2017, les deux structures ont accueilli 3 876 évacués.

Toujours plus de refoulements aux frontières de l'UE malgré une diminution des arrivées

Parallèlement aux efforts engagés et demandés en Afrique, l'ONU exhorte les pays européens à faire cesser les refoulements illégaux à leurs frontières et la violence contre les migrants. "Le HCR a, de façon répétée, reçu des informations concernant des États européens qui entravent l’accès au droit d’asile, qui renvoient des personnes après qu’elles ont atteint leur territoire ou leurs eaux territoriales, et qui leur font subir des violences aux frontières", a déclaré jeudi 28 janvier Gillian Triggs, Haut Commissaire assistante du HCR chargée de la protection internationale.

>> À (re)lire : Mer Égée : "Des hommes en uniforme ont percé notre embarcation"

Ces pratiques de refoulements contraires à la Convention de Genève - relative au statut des réfugiés - à la Convention européenne des droits de l’homme et à la législation européenne, ont été maintes fois documentées par de grandes ONG ces dernières années, que ce soit en France, en Grèce, en Espagne ou encore en Hongrie. "Le droit de demander l’asile est un droit humain fondamental. La pandémie de Covid-19 ne constitue pas une exception ; il est possible de s’en protéger tout en assurant un accès juste et rapide aux procédures d’asile", ajoute Gillian Triggs précisant que les États mis en cause avaient été approchés par le HCR pour leur demander d'enquêter sur ces refoulements illégaux.

Une réaction urgente de Bruxelles est d'autant plus attendue que le nombre d’arrivants dans l’UE continue de diminuer chaque année. Le nombre de personnes arrivées par voies maritime et terrestre en 2020 (95 000) a ainsi diminué de 23% par rapport à 2019 (123 700 personnes) et de 33% par rapport à 2018 (141 500), selon le HCR. "Avec si peu d’arrivants en Europe, la situation devrait être gérable. Il est regrettable que la question de l’asile demeure politisée et controversée, malgré les statistiques en forte baisse", déplore Gillian Triggs, reconnaissant toutefois que la charge de l'accueil des demandeurs d'asile reposait de manière trop disproportionnée sur un petit nombre de pays. Un appel à la solidarité entre les États membres a été renouvelé à cet égard.

 

Et aussi

Webpack App