La récolte des asperges en Hesse, mars 2020 Photo : A. Arnold/picture/alliance
La récolte des asperges en Hesse, mars 2020 Photo : A. Arnold/picture/alliance

Une qualification et des diplômes peuvent permettre aux ressortissants de pays tiers de venir travailler en Allemagne. Mais pour ceux qui n’ont aucune qualification, les voies légales sont rares.

En mars 2020, de nouveaux dispositifs ont été mis en place dans le pays afin d’attirer davantage de professionnels qualifiés au-delà des frontières de l’Union européenne. 

Il existe également la carte bleue européenne, qui permet à des personnes hautement qualifiées de travailler dans l’Union européenne. 

Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore d’offre d’emploi en Allemagne, le visa Job-Search, qui est un permis de séjour temporaire de recherche d’emploi ou de création d’entreprise, autorise une personne à passer jusqu’à six mois dans le pays pour prospecter. La condition est néanmoins d’avoir un diplôme universitaire et de suffisamment d’argent pour pouvoir subvenir à ses besoins.

Avantage aux migrants européens

En revanche, pour les ressortissants de pays tiers (issus de pays hors de l’Union européenne) n’ayant pas de qualification ou de diplôme universitaire, les opportunités s’avèrent très maigres. "Pour les personnes non qualifiées il n’y a quasiment aucune voie légale pour venir", affirme Matthias Mayer, un expert en immigration à la fondation allemande Bertelsmann. "Quand il existe un besoin de personnel non qualifié, ils sont avant tout satisfaits par une immigration de ressortissants de l’Union européenne." 

De plus, ajoute Matthias Mayer, des opportunités existent en Allemagne pour des travailleurs non qualifiés en provenance des Balkans comme la Serbie, l’Albanie et la Bosnie. C’est la "réglementation de l’immigration pour les Balkans occidentaux", mise en place après 2015 afin de soulager les administrations submergées par le nombre important de demandes d’asile. Cette réglementation a été prolongée jusqu’en 2023, notamment pour répondre aux besoins de certains secteurs professionnels, dont la construction.


En Allemagne, les migrants non qualifiés se retrouvent souvent sur des chantiers de construction | Photo : Pixabay
En Allemagne, les migrants non qualifiés se retrouvent souvent sur des chantiers de construction | Photo : Pixabay


Des accords limités avec les pays de tiers

L’Allemagne manque régulièrement de main d’oeuvre saisonnière, comme dans l’agriculture. C’était également le cas dans l’industrie du tourisme avant la pandémie de coronavirus. Cette demande en main d’œuvre a jusqu’à présent avant tout été compensée par des travailleurs ventant d’autres pays de l’Union européenne.

Néanmoins, à défaut de trouver suffisamment de ressortissants européens, l’Allemagne a commencé à regarder au-delà des frontières de l’UE pour trouver des travailleurs saisonniers grâce à des accords bilatéraux. Pour le moment, un accord a ainsi été conclu avec la Géorgie. D’autres discussions sont en cours avec des pays comme la Moldavie, l’Albanie et la Bosnie.

Selon Matthias Mayer, le gouvernement allemand souhaite aussi trouver des moyens de recruter dans les domaines de la santé et de l’assistance aux personnes âgées, deux domaines qui manquent cruellement de personnel. Ces accords pourraient impliquer des programmes de formation en Allemagne pour les étrangers, afin de permettre un transfert de compétences sur place. 


En Italie, les travailleurs saisonniers sont essentiellement employés dans l’agriculture, comme ici dans les champs de tomates de Fogia | Photo : picture-alliance/ROPI/Fasano
En Italie, les travailleurs saisonniers sont essentiellement employés dans l’agriculture, comme ici dans les champs de tomates de Fogia | Photo : picture-alliance/ROPI/Fasano


Quels pays en Europe recrutent des travailleurs saisonniers ?

Il n’y a pas de programme unique en Europe pour les travailleurs saisonniers issus de pays tiers. Les programmes varient en fonction du nombre de personnes admises selon les pays d’origine, tout comme les durées des droits de séjours temporaires et les conditions de travail.

Comme le rappelle le Réseau européen des migrations (ENM), différents groupes sont responsables pour recruter des travailleurs saisonniers de pays tiers. Il y a les agences de recrutement privées qui sont parfois situées dans les pays d’origine, les employeurs directement, les chambres de commerce ou encore les agences publiques de l’emploi. 

D’après un rapport de l’EMN, la Pologne a accueilli en 2019 le plus grand nombre de travailleurs saisonniers (aouter de 46.000), suivi de la Finlande (17.000), l’Espagne (12.000), la Bulgarie, la Croatie, l’Estonie et l’Italie.

Certains Etats européens sont actifs dans le recrutement de personnel saisonnier hors des frontières de l’UE. En 2018, la plupart des saisonniers en Finlande et en Suède venaient de Thaïlande pour la cueillette de baies notamment. La même année, en France, les premiers pays d’origine des saisonniers étaient le Maroc, le Mali, la Guinée, la Tunisie et la Côte d’Ivoire. En Espagne, le Maroc fournit le plus grand contingent de travailleurs saisonniers.

Le travail saisonnier représente un opportunité mais n’est pas sans dangers. Malgré les efforts de syndicats et représentants de travailleurs, le trafic et l’exploitation de main d’oeuvre ne sont pas rares. De nombreux rapports témoignaient du trafic dont sont victimes les cueilleurs thaïlandais. Au Portugal, en Grèce et en Italie, des migrants sans papiers travaillant dans l’agriculture se retrouvent dans une situation d’extrême précarité et de vulnérabilité à toutes sortes d’abus.


Des réfugiés à l’université de Catane en Sicile | Photo : ANSA/O. Scardino
Des réfugiés à l’université de Catane en Sicile | Photo : ANSA/O. Scardino


Frustrations

Comment devenir un travailleurs qualifié ? En Allemagne, comme dans d’autres pays de l’UE, des travailleurs qualifiés sont ceux qui ont suivi une formation professionnelle d’au moins deux ans, ou ont obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur.

L’enjeu est donc de décrocher une qualification afin d’accéder à des programmes de migration légale. Encore faut-il que cette qualification soit reconnue pas les autorités du pays d’accueil. 

Parmi les frustrations également rencontrées par les migrants, se trouve le manque de reconnaissance de l’expérience professionnelle passée. En Allemagne, de nombreuses migrants avaient un métier dans leur pays d’origine avant de devoir tout quitter. Mais sans diplôme ou un certificat reconnu par les autorités européennes, cette expérience n’est souvent pas reconnue.

"La clé est d’aider les personnes à décrocher une qualification formelle pour leur permettre d’accéder aux programmes de migration légaux", confirme Matthias Mayer. "Cela créerait un tas de nouvelles opportunités". 

Selon l’expert en immigration, il faut aussi promouvoir davantage l’apprentissage de l’allemand à l’étranger et aider les pays tiers à améliorer leurs systèmes de formation professionnel.

Matthias Mayer estime que l’Allemagne devrait élargir davantage son radar de recrutement, notamment vers l’Afrique. "Je pense que ce serait une bonne chose pour le futur d’aller plus loin avec les pays africains. Je pense que cet effort vaut le coup, d’autant qu’il participe à l’aide au développement."


Traduction : Marco Wolter

 

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