Frontex fait face à des accusations de refoulement illégaux de migrants depuis la Grèce vers la Turquie. Crédit : Picture alliance
Frontex fait face à des accusations de refoulement illégaux de migrants depuis la Grèce vers la Turquie. Crédit : Picture alliance

Un groupe d'eurodéputés va lancer une enquête sur l'agence de surveillance des frontières accusée de refoulements illégaux de migrants en mer Égée. Une enquête jugée "nécessaire" pour "rebâtir la confiance" des États envers Frontex, estiment les députés européens.

Après la brigade européenne de lutte antifraude (Olaf), c’est au tour des députés européens de se pencher sur l’affaire Frontex. Un groupe d'eurodéputés va lancer une enquête sur l'agence européenne de surveillance des frontières, accusée d'avoir participé à des refoulements illégaux de migrants en mer Égée.

Ce "groupe de travail" a été constitué au sein de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement européen. Il sera chargé de mener une enquête pendant quatre mois sur les violations des droits fondamentaux dont Frontex est accusé. 

Ce groupe sera chargé également de surveiller de façon permanente le fonctionnement de l’agence.

"Il était temps que le Parlement réagisse"

Ces mesures sont "nécessaires pour rebâtir la confiance" en Frontex, a souligné l'eurodéputée néerlandaise Sophie in't Veld sur Twitter. "Il était temps que le Parlement réagisse", a estimé de son côté l'eurodéputé français Damien Carême, ajoutant que "les réponses apportées jusque-là par le directeur de Frontex - Fabrice Leggeri - ont été largement insatisfaisantes".

L'agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes a été pointée du doigt en octobre dans une enquête de plusieurs médias, dont le magazine allemand Spiegel, l'accusant d'être impliquée avec les garde-côtes grecs dans des incidents de refoulement de bateaux de demandeurs d'asile de Grèce vers la Turquie. Cette pratique contraire au droit d'asile est régulièrement dénoncée par les ONG.

À la mi janvier, le conseil d'administration de Frontex s'est défendu : selon lui, aucune preuve ne vient étayer le fait que des garde-côtes européens auraient renvoyé illégalement des migrants des eaux grecques vers les eaux turques.

"Pushback" maritimes

La rédaction d’InfoMigrants a reçu plusieurs témoignages - et une vidéo - de ces "pushbacks" maritimes en mer Égée. Mi-décembre, Slimane, un Guinéen de 17 ans, a raconté comment des hommes, qu'il a identifiés comme des garde-côtes grecs ont repoussé son embarcation vers les eaux turques et ont percé l'avant de son canot.

Au mois de mai, Samuel, un autre migrant d’Afrique subsaharienne, avait lui aussi raconté comment son embarcation avait été refoulée vers les côtes turques. 

L'office européen de lutte antifraude (Olaf) a ouvert, de son côté, en janvier une enquête concernant Frontex. L'Olaf a effectué début décembre une perquisition au siège de l'agence à Varsovie, notamment dans les bureaux du directeur exécutif de Frontex.

>> A (re)lire "Refoulements illégaux de migrants en mer Égée : Frontex visée par une enquête de l'Olaf"

10 000 garde-frontières à l'horizon 2027

Agence créée en 2004, Frontex prévoit de disposer d'un effectif permanent de 10 000 garde-frontières et garde-côtes à l'horizon 2027.

Créée en 2004, Frontex, dont le mandat a été renforcé en décembre 2019, doit disposer d'un effectif permanent de 10 000 garde-frontières et garde-côtes à l'horizon 2027.

La commissaire européenne aux Affaires intérieures Yva Johansson, qui a salué cette décision, a critiqué jeudi de nombreuses carences au sein de Frontex. "Il devrait y avoir trois vice-directeurs exécutifs, il n'y en a pas, nous devrions avoir un officier aux droits fondamentaux, il n'y en a qu'un temporaire, nous devrions avoir 40 surveillants aux droits fondamentaux, nous n'en avons aucun", a-t-elle énuméré.

 

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