Une partie du centre de Napier a été incendié vendredi 29 janvier. Crédit : Care4Calais
Une partie du centre de Napier a été incendié vendredi 29 janvier. Crédit : Care4Calais

Pour protester contre leurs conditions de vie, des demandeurs d'asile ont incendié vendredi une partie du centre d'hébergement de Napier, au sud-est du Royaume-Uni. Quatorze personnes ont été interpellées, ont indiqué les autorités.

La tension est à son comble dans le centre d'hébergement de demandeurs d'asile de Napier, à Folkestone, au sud-est de l'Angleterre. Un incendie s'est déclaré vendredi 29 janvier dans l'ancienne caserne qui abrite environ 300 migrants.

Si aucun blessé n'est à déplorer, "des dommages importants ont été causés sur une partie du site à la suite d'un incendie, qui aurait été déclenché délibérément", a indiqué la police du Kent dans un communiqué. Un bâtiment du centre a été en partie détruit et des fenêtres brisées.

Les autorités ont annoncé ce week-end avoir interpellé 14 migrants soupçonnés d'être à l'origine du départ du feu. L'un deux, Mohammed Ali, qui a été accusé "d'agression, menaces et dommages criminels", devait comparaître lundi devant un tribunal britannique.

La ministre de l'Intérieur Priti Patel a qualifié les événements de vendredi de "choquants". "Les dégâts et les destructions de la caserne de Napier sont non seulement épouvantables mais profondément offensants pour les contribuables de ce pays qui [participent au financement de] cet hébergement pendant le traitement des demandes d'asile", a-t-elle déclaré.

"Ce n'est pas une surprise"

"Ce n'est pas une surprise pour moi que les tensions aient fini par l'emporter", a de son côté dit le chef du Conseil de Folkestone David Monk, qui n'a jamais vu d'un bon œil le fait d'entasser autant de personnes au même endroit, en pleine crise sanitaire.

Le centre de Napier est l'objet de vives critiques au Royaume-Uni depuis plusieurs mois. Les résidents ont plusieurs fois dénoncé leurs conditions de vie par des lettres ouvertes, des manifestations et des grèves de la faim. Des tentatives de suicides ont également été rapportées. La situation a encore empiré mi-janvier quand 120 demandeurs d'asile ont été testés positifs au Covid-19.

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"Ceux qui ont le coronavirus vivent tout à fait normalement avec les autres. Certains résidents ne portent pas de masques et la distanciation sociale n'est pas toujours respectée", racontait le 19 janvier au média anglais The Independent un demandeur d'asile yéménite. L'homme de 35 ans expliquait partager sa chambre avec 28 autres personnes uniquement séparées par des draps suspendus entre leurs lits.

"Tout le monde était bouleversé"

Après des jours de polémique, le Home Office, équivalent britannique du ministère de l'Intérieur, avait annoncé la semaine dernière le transfert d'un "certain nombre de demandeurs d'asile du centre d'hébergement de Napier vers des [hôtels], afin de permettre à ceux restés à Napier de s'isoler davantage".

C'est justement à ce sujet que des tensions ont éclaté vendredi. Le Home Office évoque des résidents qui sont devenus "agressifs et violents et [qui] ont commencé à détruire la caserne" car ils ne faisaient pas partie de la centaine de migrants transférés vers d'autres structures.

L'association Care4Calais parle de son côté d'un "après-midi bouleversant" au cours duquel les demandeurs d'asile ont été informés de leur maintien dans le centre. "Tout le monde était vraiment bouleversé et un petit nombre de personnes ont provoqué un peu de chahut dans la salle à manger. Ils ont renversé des tables et un peu plus tard, une autre section de la caserne a été incendiée", a précisé Clare Moseley, fondatrice de l'association.

Des demandeurs d'asile "abandonnés" par les autorités

En outre, d'autres critiques ont été formulées le lendemain de l'incendie par des humanitaires. Toujours selon Care4Calais, les demandeurs d'asiles ont été "complètement abandonnés par les autorités" et livrés à eux-mêmes sans nourriture, sans chauffage et sans lumière dans un "froid glacial". "Tout le personnel a été évacué, seuls les résidents sont laissés seuls [dans la caserne], sans informations ni soins alors que beaucoup ont le Covid et sont très malades", signale l'association sur sa page Facebook.

Le Home Office a répondu que le ministère suivait toutes les directives et que la caserne était "sûre et sécurisée". L'électricité a été perdue sur une grande partie du site pendant un certain temps après l'incendie, mais elle a maintenant été en grande partie restaurée, ajoutent les autorités qui n'ont pas prévu de "déplacer d'autres demandeurs d'asile" malgré les polémiques. "Ce site a précédemment accueilli nos courageux soldats et membres de l'armée. C'est une insulte de dire qu'il n'est pas assez bien bon pour ces personnes" a insisté Priti Patel.

 

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