Des jeunes mineurs isolés étrangers se retrouvent parfois à la rue sans logement ni nourriture. Crédit : RFI
Des jeunes mineurs isolés étrangers se retrouvent parfois à la rue sans logement ni nourriture. Crédit : RFI

Le premier centre d'hébergement d'urgence pour jeunes isolés a été inauguré jeudi à Paris. Ouvert fin décembre, il accueille des migrants en attente de la reconnaissance ou non de leur statut de mineurs isolés étrangers. Si les associations saluent l'ouverture d'un tel centre, elles estiment qu'il "ne correspond absolument pas à l'ampleur du problème".

Inauguré jeudi 4 février, un centre d'hébergement d'urgence pour jeunes isolés a ouvert ses portes fin décembre dans le 15e arrondissement de la capitale. C'est la première structure du genre en France.

L'ancien bâtiment de bureaux, qui peut héberger 40 personnes, est mis à disposition par la ville de Paris jusqu'à la mi-2022.

Le lieu accueille des migrants qui sont en attente de la reconnaissance ou non de leur statut de mineurs isolés étrangers (MIE). Le sort de ces jeunes, déterminés majeurs par les départements franciliens mais qui ont déposé des recours pour faire valoir leur minorité et obtenir une prise en charge par l'Aide sociale à l'enfance (ASE), fait l'objet d'un bras de fer depuis des années entre Paris, l'État et les ONG qui les défendent. En attendant leur recours devant un juge des enfants, ces jeunes sont en effet livrés à eux-mêmes et ne peuvent prétendre à aucune aide.

"Cela faisait deux ans que nous demandions à l'État [qui finance le fonctionnement du centre, ndlr] l'ouverture de lieux adaptés pour prendre en charge les jeunes les plus vulnérables", a déclaré Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris en charge de la protection de l'enfance, lors d'une visite.

"C'est une première et la ville de Paris est prête à continuer" à ouvrir ce type de centres, a-t-elle poursuivi, évoquant une "grande avancée" pour ces personnes qui dépendent autrement du numéro d'urgence 115 dédié aux sans-abri, souvent saturé.

"Ça ne correspond absolument pas à l'ampleur du problème"

Le lieu "répond à un besoin aigu en Île-de-France et à Paris en particulier, pour la mise à l'abri et la prise en compte sociale d'un public spécifique", s'est de son côté félicitée Magali Charbonneau, de la préfecture d’Île-de-France.

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Le centre offre "un cadre accueillant et sécurisant" qui permet aux jeunes "de pouvoir enfin se poser" et poursuivre, la plupart du temps, une scolarité, a expliqué le directeur des lieux pour la Fondation de l'Armée du salut, Louis Ngwabije.

Si les associations saluent l'ouverture d'une telle structure, elles regrettent de ne pas avoir été impliquées dans la gestion du lieu.

Corinne Torre, responsable France de MSF ne décolère pas. "On découvre ce lieu par voie de presse, on n'a jamais été consultés alors qu'on suit depuis des années des jeunes dans cette situation et qu'on avait négocié l'ouverture d'un centre avec la mairie de Paris qui n'était pas du tout sous cette forme", s'insurge l'humanitaire, contactée par InfoMigrants.

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Selon Corinne Torre, le centre, qui "ne correspond absolument pas à l'ampleur du problème", n'est pas adapté. "Il y a seulement trois travailleurs sociaux pour 40 personnes, ce n'est pas suffisant, et aucun suivi pluridisciplinaire notamment médical n'a été mis en place", continue-t-elle.

MSF milite depuis des années pour que ces jeunes bénéficient tous de la "présomption de minorité" le temps du recours, qui dure un an en moyenne, et qu'ils soient hébergés.

En 2020, environ 5 000 jeunes migrants ont vu leur âge évalué à Paris, où 30% d'entre eux en moyenne sont reconnus mineurs.

 

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