Vue des Alpes depuis la ville frontalière de Montgenèvre. Crédit : Charlotte Boitiaux
Vue des Alpes depuis la ville frontalière de Montgenèvre. Crédit : Charlotte Boitiaux

Un nouveau non-lieu a été prononcé mardi suite à la mort en 2018 d'une Nigériane de 21 ans dans les Hautes-Alpes lors d'un contrôle de gendarmerie. Pour l'association Tous migrants, "la justice n'a pas cherché à aller au bout des investigations".

La justice française a confirmé, mardi 10 février, le non-lieu prononcé après la mort en 2018 d'une jeune Nigériane dans les Hautes-Alpes lors d'un contrôle de gendarmerie.

Cette migrante de 21 ans, Blessing Matthew, avait été retrouvée noyée dans la Durance à Saint-Martin-de-Queyrières, à près de 10 kilomètres de la ville de Briançon, le 9 mai 2018. Peu de temps avant, elle avait franchi la frontière en provenance de l'Italie. Sa sœur avait à l'époque porté plainte en accusant les gendarmes d'avoir tendu un "véritable guet-apens" au groupe dans lequel la jeune femme figurait.

La cour d'appel de Grenoble a cependant estimé qu'aucun élément objectif permettant d'étayer les faits d'homicide involontaire, de mise en danger de la vie d'autrui et de non-assistance à personne en danger reprochés aux gendarmes, n'a été recueilli durant l'enquête.

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Ce nouveau non-lieu vient balayer les espoirs de reprise d'enquête de l'association Tous migrants, qui accuse depuis près de trois ans les forces de l'ordre d'avoir pourchassé la jeune femme, causant sa mort. 

"C'est une décision hautement critiquable car la justice n'a pas cherché à aller au bout des investigations. Elle vient de fermer la porte à la manifestation de la vérité dans ce dossier", a réagi Me Vincent Brengarth, l'un des avocats de Tous Migrants.

Des "incohérences" dans les déclarations des gendarmes 

D’après Tous Migrants, la jeune femme marchait avec deux hommes, également étrangers, le 7 mai à l'aube sur une route nationale en direction de Briançon, lorsque cinq policiers "dissimulés dans les fourrés" ont fait irruption, provoquant alors la dispersion du groupe.

L'association estime que le dossier n'a "jamais été instruit" et pointe des "incohérences et des contractions" dans les déclarations des gendarmes sur le déroulement des faits. Ses avocats avaient notamment déploré que la seule enquête réalisée l'avait été "sous le contrôle du procureur de Gap" qui n'est, assuraient-ils, "pas indépendant".

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L'affaire avait d'abord été classée sans suite par le procureur. Après une plainte déposée par l'association Tous Migrants, un juge avait rendu une ordonnance de non-lieu en juin 2020. Les avocats de l'association avaient alors interjeté appel de la décision.

L'enquête avait déterminé que les gendarmes mobiles "s'étaient identifiés à haute voix" avant un contrôle, provoquant la fuite de la jeune femme et de ses deux compagnons. Selon le parquet de Gap, "les circonstances précises dans lesquelles (elle) aurait chuté dans la Durance demeurent inconnues en l'absence de témoignage direct". La section de recherches de Marseille avait finalement "conclu à l'absence d'infraction susceptible d'être retenue à l'encontre des gendarmes mobiles", avait relevé le parquet.

La périlleuse route des Alpes, entre Turin et Briançon, est toujours empruntée par des migrants souhaitant se rendre en France, malgré des conditions météorologiques extrêmes et l'éprouvante traversée. La présence de patrouilles de police, et la crainte des "pushbacks" vers l'Italie, les poussent à emprunter des chemins non-balisés et à progresser dans l'obscurité, augmentant le danger de ces traversées.

 

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