Une expulsion menée à l’aéroport de Leipzig | Photo : Picture-alliance/dpa/M.Kappeler
Une expulsion menée à l’aéroport de Leipzig | Photo : Picture-alliance/dpa/M.Kappeler

L’opposition et des ONG dénoncent des décisions "inhumaines", alors que de moins en moins d’Ethiopiens obtiennent le droit d’asile en Allemagne.

Le 28 décembre 2020 est un jour que Mimi T. n’est pas prête d’oublier. Tous ses espoirs se sont envolés lorsqu’elle a été contrainte de retourner en Éthiopie, escortée par quatre policiers allemands pour la faire monter à bord de l’avion charter. 

Selon des groupes de défense des droits humains, Mimi T. faisait partie de l’opposition en Ethiopie. Elle est arrivée en Allemagne en 2009 pour fuir la répression du gouvernement, les arrestations et les abus sexuels dont elle dit avoir été victime. En Allemagne, elle a été traitée pour dépression et pour troubles de stress post-traumatique . 

"Elle se trouvait dans un état psychologique désastreux et a tenté de se suicider pendant sa détention en attendant son expulsion", affirme Wiebke Judith, de l’ONG de défense des migrants ProAsyl. "Finalement, ont l’a débarquée à Addis-Abeba dans un fauteuil roulant. Elle portait encore sa tenue de prisonnière. Elle n'a pas de famille là-bas et ne connaît personne.

Mimi T. n'a pas été le seul demandeur d'asile expulsé vers l'Ethiopie l'année dernière. Fin novembre, 10 personnes ont été renvoyés à Addis-Abeba sur un vol charter d'Ethiopian Airlines.


Le vol charter de l’Ethiopian Airlines, expulsant 10 demandeurs d’asile éthiopiens en novembre 2010 | Photo : Imago images
Le vol charter de l’Ethiopian Airlines, expulsant 10 demandeurs d’asile éthiopiens en novembre 2010 | Photo : Imago images

Berlin défend les expulsions 

En face, le gouvernement allemand répond que toutes les dispositions légales ont été respectées. "Les interdictions d'expulsion sont toujours examinées au cas par cas", a ainsi affirmé un porte-parole du ministère allemand de l’Intérieur. "Par exemple, un étranger ne doit pas être expulsé vers son pays s'il y est exposé à un risque important et concret pour sa vie, son bien-être physique ou sa liberté."

Mais c’est justement ce que dénoncent les ONG. "L’Éthiopie est un pays frappé par la guerre civile, par des inondations, par la pandémie de coronavirus et par une invasion de criquets", rappelle Ulla Jelpke, une députée du Parti de gauche Die Linke. Selon elle, "rien n'indique que les conditions s'amélioreront bientôt. Renvoyer des personnes dans une telle situation est non seulement inacceptable mais aussi inhumain."

Le conflit au Tigré

Le conflit dans la région du Tigré s'est intensifié en novembre dernier après l’offensive de l’armée éthiopienne contre le Front populaire de libération du Tigré (TPLF), un parti d’opposition désormais séparatiste. Plusieurs milliers de personnes auraient déjà perdu la vie dans ce bras de fer. 

Selon les estimations de l'ONU, plus de deux millions de personnes ont urgemment besoin d’aide. Récemment, lors d’un appel téléphonique, la chancelière allemande Angela Merkel a exhorté le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à trouver une solution pacifique et à autoriser l’acheminement d’aide humanitaire. 

A (re)lire également : Soudan: les réfugiés tigréens disent être victimes d'expropriation par des milices


Le conflit au Tigré affecte durement la situation humanitaire dans la région | Photo : Nariman El-Mofty/AP/picture-alliance
Le conflit au Tigré affecte durement la situation humanitaire dans la région | Photo : Nariman El-Mofty/AP/picture-alliance


L’intervention d’Angela Merkel ne change cependant pas la position du gouvernement allemand. "Les expulsions vers l’Ethiopie menées par les autorités compétentes dans les régions allemandes restent possibles", a écrit la porte-parole des Affaires intérieures.

Pour Wiebke Judith de ProAsyl, "ils se défendent en disant qu’il existe des zones sans risque en Ethiopie, comme par exemple la capitale. Mais cet argument ne tient pas compte du fait que la situation pourrait rapidement évoluer et que toute la région pourrait être déstabilisée."

Une approche plus sévère 

Des chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur sur demande du parti Die Linke montrent que les autorités allemandes sont devenues plus sévères ces dernières années concernant les demandes d’asile de ressortissants Ethiopiens.

En 2015, plus de la moitié des demandeurs d’asile éthiopiens avaient obtenu le statut de réfugié ou d’autres formes de protection internationale. En 2019, ce chiffre n’était plus que de 28%. Dans le même temps, les demandes ont chuté de près de 4.000 en 2016 à un peu plus d’un millier l’an denier.

Et les expulsions vers l’Ethiopie devraient se poursuivre cette année. "Je crains que l’on se dirige vers cela, le gouvernement fédéral est incorrigible", déplore la députée Ulla Jelpke. 



Source: dw.com

Traduction : Marco Wolter

 

Et aussi

Webpack App