Une dose de vaccin anti-Covid élaborée par Oxford-AstraZeneca | Photo: Rafayat Haque Khan / Imago / Zuma
Une dose de vaccin anti-Covid élaborée par Oxford-AstraZeneca | Photo: Rafayat Haque Khan / Imago / Zuma

En France et au Royaume-Uni, de nombreux migrants refusent les tests de dépistage du Covid. Les associations craignent de devoir lutter contre leur méfiance à l'égard des autorités publiques au moment de la vaccination.

Le message diffusé par le National Health Service (NHS), système de la santé publique au Royaume-Uni, est clair : "Le vaccin contre le Covid est gratuit. La NHS ne vous demandera jamais vos coordonnées bancaires, votre numéro de carte de crédit ou votre code ni des copies de documents personnels pour prouver votre identité".


Il fait écho à l'annonce des autorités britanniques, lundi 8 février, qui ont assuré que les vaccins contre le coronavirus seraient proposés "gratuitement à tous ceux qui vivent au Royaume-Uni, quel que soit leur statut migratoire". Une communication destinée à vaincre la méfiance de celles et ceux qui se trouvent illégalement sur ce territoire.

Selon certaines estimations, le nombre de sans-papiers au Royaume-Uni atteindrait 1,3 million. Une population "touchée de manière disproportionnée par le virus", explique dans un communiqué la branche locale de Médecins du Monde, en soulignant "le risque accru de contamination" chez ces personnes en grande précarité. Et elle insiste notamment sur l'importance de la gratuité des soins et la nécessité de ne pas recueillir les données des personnes vaccinées pour qu'elles ne se sentent pas fichées.

De rares campagnes de dépistage

La France, qui se frotte au même problème de méfiance la part des migrants, pourrait prendre exemple sur son voisin anglais.

Selon des estimations publiées en octobre 2020 par la Fondation Abbé-Pierre, la France compte près de 300 000 sans domicile fixe : environ 185 000 personnes en centres d'hébergement, 100 000 dans les lieux d'accueil pour demandeurs d'asile et 16 000 personnes dans les bidonvilles.

Leurs conditions de vie rendent très difficiles l'estimation précise du nombre de migrants porteurs du virus. De rares campagnes de dépistage ont été menées, notamment lors de l'évacuation du camp de Saint-Denis (en région parisienne) en novembre dernier. Sur 2 300 tests réalisés, seulement 15 cas positifs avaient alors été détectés.

"C'était un résultat beaucoup plus faible que ce que l'on pouvait attendre", explique Luc Ginot, directeur de la Santé publique à l'Agence régionale de santé (ARS) Île-de-France. Sur le terrain, les équipes ne baissent cependant pas la garde, certains lieux d'accueil ayant vu des clusters se développer. Elles s'efforcent notamment d'isoler les personnes présentant des symptômes.

Le défi de la vaccination

L'ARS travaille dans le même temps sur la vaccination des migrants. Ils peuvent bénéficier du vaccin s'ils entrent dans la catégorie des personnes prioritaires qui sont actuellement éligibles en France, à savoir les plus vulnérables au virus et les plus susceptibles de développer des formes graves de la maladie.

"On sait que l'on va faire face à des difficultés particulières car il est évident que certaines personnes ne peuvent pas faire la démarche de prendre un rendez-vous de vaccination. Les réseaux d'associations et des militants seront là pour les aider", explique Luc Ginot.

Ce travail d'explication risque de se heurter à la méfiance de nombreux migrants à l'égard des autorités publiques qui peuvent redouter un fichage au moment de la vaccination. Corinne Torre, cheffe de mission chez Médecins Sans Frontières, juge ainsi nécessaire de réaliser dès à présent "un travail de sensibilisation" auprès des migrants pour les rassurer.

Elle salue la réalisation par les autorités sanitaires de documents explicatifs dans 17 langues. Et son organisation milite pour l'octroi d'un numéro de référence commun à toutes les personnes dépourvues de carte vitale, de manière à pouvoir tout de même comptabiliser le nombre de personnes vaccinées.

Un autre écueil se profile, celui de l'injection de la deuxième dose du vaccin plusieurs semaines après la première. Il semble en effet difficile de retrouver des personnes privées de domicile fixe qu'il est parfois très compliqué de recontacter. Un défi que les associations d'aide aux migrants et les ONG médicales vont tenter de relever au cours des prochains mois.

 

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