Une vue d'un campement de migrants à Calais. Crédit : Mehdi Chebil
Une vue d'un campement de migrants à Calais. Crédit : Mehdi Chebil

Une délégation de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’est rendue au mois de décembre à Calais et à Grande-Synthe. Elle y a constaté la "dégradation" des conditions de vie des migrants et a jugé la politique sécuritaire de l'Etat "désastreuse".

Le constat est sans appel. Dans un rapport rendu jeudi 11 février, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a dressé un réquisitoire sévère contre l'Etat qui est, selon elle, défaillant dans la prise en charge des migrants vivant dans le nord de la France, à Calais et Grande-Synthe notamment. 

Pour la délégation de la Commission - qui s’est rendue à Calais et Grande-Synthe au mois de décembre - l’Etat ne remplit pas son rôle de protection des populations. "Au nom d’un prétendu ‘risque d’appel d’air’, les pouvoirs publics mettent en œuvre une politique du ‘zéro point de fixation’, sans prévoir aucune solution de relogement pour les migrants", peut-on lire dans le communiqué. 

La CNCDH "recommande aux autorités publiques de mettre un terme à la politique sécuritaire dite 'zéro point de fixation', aux conséquences désastreuses pour les personnes exilées".

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"Accès compliqué aux douches, à l'eau potable, à la nourriture"

Depuis des années, les associations dénoncent les démantèlements successifs - tous les jours ou tous les deux jours - des campements de migrants. Une stratégie qui contribue à invisibiliser les exilés qui se cachent des autorités. "Les acteurs associatifs mandatés par l’Etat ont de plus en plus de mal à repérer les personnes exilées, désormais dispersées et effrayées, et à répondre à leurs besoins".

À Calais, l’association Human Rights Observers a recensé plus de 1 000 expulsions de lieux de vie informels opérées à Calais et dans la région en 2020.

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Cette invisibilisation complique leur accès à l’eau potable, à la nourriture, aux douches et aux sanitaires, aux premiers soins d’urgence et aux services hospitaliers, "ce qui porte des atteintes graves à la dignité des personnes".

Remettre en cause les accords du Touquet

En cette période de grand froid, la situation devient de plus en plus alarmante, déplorent les associations. La neige et les températures négatives sont là. Malgré l'activation du plan Grand froid ce week-end, des centaines de migrants dorment sous la neige. L'association Utopia 56 estime que 500 personnes vivent toujours à la rue à Grande-Synthe contre 800 à Calais.

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La CNCDH pointe aussi la défaillance de l’Etat dans la prise en charge des mineurs isolés. "Un mineur non accompagné étranger est avant tout un enfant, qui a le droit de bénéficier de la protection de l’enfance et ses besoins essentiels doivent être garantis."

Enfin, la Commission pousse la France à dénoncer les accords du Touquet qui placent la frontière britannique en France, à Calais. "Depuis le Brexit, le Royaume-Uni n’est plus lié par le règlement Dublin III [qui régit la politique d'asile en Europe, ndlr] [...] Le Brexit change les perspectives et justifierait une remise en cause des accords du Touquet", peut-on lire dans le rapport. "La concentration des personnes exilées à Calais, Grande-Synthe et sur le littoral est la conséquence du dérèglement des politiques d’asile de l’Union européenne, de la France et du Royaume-Uni."


 

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