La petite Mawda a été tuée en mai 2018 lors d'une course-poursuite entre une voiture de police et la camionnette transportant des migrants dans laquelle elle se trouvait. Crédit : Capture d'écran Twitter.
La petite Mawda a été tuée en mai 2018 lors d'une course-poursuite entre une voiture de police et la camionnette transportant des migrants dans laquelle elle se trouvait. Crédit : Capture d'écran Twitter.

Le policier à l'origine du tir qui a tué une fillette de deux ans pendant une course-poursuite en Belgique en 2018 a écopé d'un an de prison avec sursis. Le chauffeur de la camionnette a été condamné à quatre ans ferme.

Le policier belge, qui avait tué une fillette kurde de 2 ans lors d'une course-poursuite avec une camionnette transportant des migrants en 2018, a été reconnu coupable vendredi 12 février d’”homicide involontaire par défaut de prévoyance ou de précaution” et condamné à un an de prison avec sursis.

Le tribunal correctionnel belge qui l’a jugé a tenu compte de “l’absence d’antécédents judiciaires et des regrets sincères qu’il a exprimés”. L’homme encourait deux ans de prison ferme. 

Lors de son procès en novembre 2020, le policier auteur du tir qui a atteint la fillette avait affirmé : “Si j’avais su qu’il y avait un enfant [à bord du véhicule pris en chasse], jamais je n’aurais sorti mon arme”. Le parquet a reconnu l’absence d’éléments prouvant que le policier aurait "délibérément voulu porter atteinte à la vie d’autrui".

“L’objectif qui était de stopper la camionnette pouvait être atteint par d’autres moyens”

Les faits remontent à la nuit du 16 au 17 mai 2018 sur une autoroute de Wallonie, au sud de Bruxelles. Une camionnette transportant une trentaine de migrants venant de Grande-Synthe, dans le nord de la France, avait tenté d’échapper à vive allure à une voiture de police qui voulait l’intercepter.

Face au refus d’obtempérer, l’un des policiers avait sorti son arme par la fenêtre et visé, selon ses explications, "le pneu avant gauche" en doublant. Mais un brusque coup de volant de son collègue avait dévié son tir vers l’habitacle de la camionnette, où Mawda, installée avec ses parents derrière le chauffeur, a été touchée d’une balle dans la tête. Elle avait succombé peu après dans l’ambulance qui la transportait à l’hôpital.

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Le tribunal qui a reconnu le policier coupable a donc considéré sa faute “établie sans aucun doute”. “L’objectif qui était de stopper la camionnette pouvait être atteint par d’autres moyens tels que la mise en place d’un barrage”, a-t-il fait valoir, considérant que choisir de tirer, même en visant un pneu, revenait à “mettre gravement en danger les occupants de la camionnette voire les autres usagers de la route”.

Quatre ans de prison ferme pour le chauffeur kurde

Dans ce procès, deux Kurdes irakiens faisant partie du groupe de migrants ont été jugés en même temps que le policier auteur du tir. Ils étaient soupçonnés d’avoir provoqué la course-poursuite. 

L’un des deux hommes, âgé de 21 ans, avait été identifié par son ADN retrouvé sur le volant, le levier de vitesse, et sur un mégot à l’avant de la camionnette. Il a été condamné à quatre ans de prison ferme en tant que chauffeur. L’autre, âgé de 28 ans, est soupçonné d’avoir convoyé les migrants. Mais il a été relaxé faute de preuves. Ils encouraient respectivement dix et sept ans de prison. 

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À la suite de ce drame, les parents de Mawda sont restés en Belgique avec un droit de séjour temporaire pour des raisons humanitaires. Leur situation est aujourd’hui régularisée “de manière définitive”, a annoncé vendredi à la radio publique le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Sammy Mahdi.

Il a admis avoir usé de son “pouvoir discrétionnaire”. La loi belge prévoit des cas exceptionnels dans lesquels le ministre peut décider de régulariser la situation d’un ressortissant étranger en lui attribuant un titre de séjour. “C’était normal pour qu’ils puissent vivre leur deuil de manière apaisée”, a expliqué le ministre.

 

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