Les couloirs de la résidence universitaire de Joseph, à Paris le 16 février 2021. Crédit : Joseph
Les couloirs de la résidence universitaire de Joseph, à Paris le 16 février 2021. Crédit : Joseph

Joseph* a 21 ans. Le confinement dû au Covid-19 en France a eu des effets graves sur sa santé psychologique. L’étudiant camerounais, marqué par cette expérience, témoigne pour InfoMigrants.

"Le premier confinement a été catastrophique pour moi. J’allais très mal.

Je suis en France depuis 4 ans pour mes études. Je suis en master 1 d’ingénierie statistique dans une université à Paris. Quand je suis arrivé, j’avais 17 ans. En tant qu’étudiant étranger, c’est difficile car je ne connais personne. J’habite une résidence étudiante du Crous [le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires], mon studio fait 14 mètres carrés, c’est petit. Loin de ma famille je me suis senti très seul.

Il y a eu un retour à la normale en mai, après le premier confinement. Mais dès que j’ai appris qu’il allait y avoir un deuxième confinement en octobre, j’ai eu des flashs du premier confinement qui revenaient. J’ai vite pris des billets d’avion et je suis rentré chez mes parents au Cameroun. Je ne supporte pas l’idée de revivre un confinement dans la solitude de ma chambre universitaire. J’ai des antécédents psychiatriques et toujours des séquelles de ce premier confinement. Je prends des antidépresseurs et des anxiolytiques.

Je suis quand même revenu à Paris après le deuxième confinement parce qu’au fond de moi je sais qu’au Cameroun je n’aurai jamais la même formation qu’en France. Je veux une éducation scolaire qui a de la valeur.

"Je ne vais pas réussir à valider mon année de master"

Depuis que je suis rentré, je ne vois personne mais j’ai mes parents au téléphone tous les jours. On discute de mes cours. Je pense que je ne vais pas réussir à valider mon année de master. Les cours à distance se passent mal. Derrière un écran, je n’arrive pas à suivre, je décroche régulièrement.

En ce moment, je fais deux choses. Je suis mes cours et je dors. Comme j’ai pris du retard dans mes études, je me couche très tôt et je me réveille à 1 heure du matin pour étudier avant le début de la journée.

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J’ai toujours trouvé ça compliqué de se faire des amis en France. Ce qui m’a dérangé quand je suis arrivé ici, c’est d’abord la barrière de l’accent. Quand je parlais, les gens me demandaient tous le temps de répéter. Ils disaient : "On ne comprend pas ce que tu dis ! Répète !" À force, j’ai commencé à avoir honte. J’aurais voulu me fondre dans la masse.

Douala, où je vivais, est très différent de Paris : la mentalité des gens, les habitudes ne sont pas les mêmes…

Vivre chez la famille en France : une expérience compliquée

Venir en France, ça n’était pas vraiment un choix de ma part. Mes parents ont voulu que je vienne étudier ici après avoir reçu une invitation en ce sens de mon cousin qui vit en banlieue parisienne.

Mais ça a été très compliqué chez mon cousin et sa femme. Ça ne se passait pas bien du tout. Je dormais dans la chambre avec ses enfants de moins de quatre ans. Dès que je rentrais de l’université, il fallait que je fasse à manger et que je m’occupe des petits. Je n’arrivais pas à travailler mes cours. Au début, j’ai caché la vérité à mes parents, mais je suis tombé en dépression, il a fallu que je leur explique que ça se passait mal à la maison et pour quelles raisons mes notes chutaient.

Après deux ans et demi, j’ai obtenu une chambre en résidence universitaire dans l’urgence grâce à l’aide d’une assistante sociale et un suivi psychologique.

En ce moment, j’aurais besoin de voir un psychologue et d’être encadré. J’ai fait une demande en octobre à la faculté, mais je n’ai toujours pas de rendez-vous et je n’ai pas les moyens financiers de me payer un psychothérapeute."

*Le prénom a été changé

 

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