Le navire italien Asso Ventinove mis en cause par les migrants érythréens. Crédit : Marine Traffic
Le navire italien Asso Ventinove mis en cause par les migrants érythréens. Crédit : Marine Traffic

Cinq Érythréens ont porté plainte contre l'Etat italien. Ils accusent les autorités maritimes italiennes de les avoir interceptés dans les eaux internationales, le 2 juillet 2018, et de les avoir ramenés en Libye plutôt que de les conduire en Italie. Là-bas, ils ont à nouveau été emprisonnés, battus et torturés.

Cinq migrants érythréens ont intenté une action en justice devant le tribunal civil de Rome contre les autorités italiennes. Ils accusent le pays de les avoir "refoulés" illégalement vers la Libye, après avoir été interceptés en mer Méditerranée, le 2 juillet 2018.

Soutenus par l'Association italienne d'études juridiques sur l'immigration (ASGI) et par Amnesty International Italia, les Érythréens accusent plus précisément l’Asso Ventinove, le navire qui les a interceptés dans les eaux internationales, de les avoir repoussés vers la Libye.

Arrêtés par les garde-côtes libyens au port, les cinq naufragés ont été enfermés en Libye et "exposés à des mois de détention arbitraire et de violences". Les plaignants dénoncent également le non respect du droit d’asile.

En 2020, environ 12 000 migrants ont été interceptés en mer par les Libyens

Un accord italo-libyen autorise depuis 2017 la marine libyenne a effectué en toute légalité des opérations de sauvetage en mer Méditerranée. Mais cette entente entre les deux pays est largement dénoncée par les ONG. La Libye est toujours considérée comme un pays "non sûr" pour les milliers de migrants qui cherchent à le fuir.

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Lors d'une conférence de presse le 12 février, Amnesty international et l'ASGI ont détaillé le mode opératoire du 2 juillet 2018. "[…] Les navires de la marine italienne Caprera et Duilio, déployés à Tripoli, ont demandé à l'Asso Ventinove d'embarquer 150 personnes fuyant la Libye, originaires d'Érythrée, d'Éthiopie et du Soudan. Le navire a ramené les rescapés à Tripoli et les a remis aux autorités libyennes. Ils ont donc de nouveau été illégalement détenus, maltraités et torturés."

Ces quatre dernières années, "50 000 migrants, dont 12 000 en 2020, ont été interceptés en mer par les garde-côtes libyens et renvoyés de force en Libye", selon Marco Bertotto, responsable des affaires humanitaires pour MSF Italie, interrogé par InfoMigrants. "Le problème principal, c'est que les migrants secourus sont envoyés dans des centres de détention en Libye. De ce point de vue là, l'accord n'est pas du tout un succès : il ne résout en rien la situation des migrants en Libye. Au contraire, il la complique."

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"C'est une honte"

"Coopérer avec les garde-côtes libyens, sachant ce qu'ils font des migrants après les avoir interceptés, n'est pas une option", continue le responsable de MSF Italie. "Tout cela rend l'Italie complice [des atrocités commises en Libye, ndlr]. C'est l'Italie qui est au premier plan dans l'équipement et la formation des Libyens pour qu'ils puissent intercepter des migrants et les envoyer en détention. C'est une honte que notre pays maintienne cet accord qui fait de lui un allié des autorités libyennes."

Ce n’est pas la première fois que les autorités italiennes en mer repoussent des migrants vers les côtes libyennes. Le 31 juillet 2018, soit un mois après l'interception des cinq Érythréens, une embarcation avait aussi été interceptée par un navire italien dans les eaux internationales et renvoyée en Libye. L’information avait été donnée sur Twitter par Oscar Camps, le fondateur de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms.

 

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