Ancienne réfugiée congolaise et avocate, Debora Kayembe va devenir rectrice de l'université d'Edimbourg, en Ecosse. Crédit : Pixabay
Ancienne réfugiée congolaise et avocate, Debora Kayembe va devenir rectrice de l'université d'Edimbourg, en Ecosse. Crédit : Pixabay

Plus de 16 ans après avoir fui la République démocratique du Congo, l'ancienne réfugiée et militante des droits de l'Homme Debora Kayembe va devenir rectrice de l'université d'Edimbourg, en Ecosse. Cet établissement est l'un des plus prestigieux d'Europe.

"C'est quelque chose que je n'avais jamais imaginé." Le 3 février, Debora Kayembe, avocate spécialisée dans les droits de l'Homme et ancienne réfugiée originaire de la République démocratique du Congo, n'en a pas cru ses oreilles. Le 1er mars prochain, cette militante de 45 ans deviendra la première personne noire à prendre la tête de la prestigieuse université d'Edimbourg, en Ecosse, qui figure parmi les meilleures d'Europe.

"C'est quelque chose que je n'ai jamais cherché, c'est arrivé sur un plateau", a-t-elle commenté à l'AFP. À ce poste, cette Congolaise de Kinshasa élevée par son oncle médecin succèdera notamment aux anciens Premiers ministres britanniques Winston Churchill et Gordon Brown.


Un accomplissement de taille pour cette ex-membre du barreau congolais qui a dû fuir son pays natal il y a 16 ans. En RDC, elle est recherchée par un groupe armé qu'elle a contribué à démasquer. À l'heure actuelle, elle y est toujours menacée. 

Victime de racisme

La deuxième partie de sa vie, Debora Kayembe l'a construite, à partir de 2011, en Ecosse où elle a obtenu l'asile. 

Elle se spécialise dans les droits humains, devient membre du Scottish refugee council (le Conseil écossais pour les réfugiés), une ONG qui aide les réfugiés à s'insérer dans la société écossaise, ainsi que du bureau du procureur de la Cour pénale internationale.

Militante chevronnée, Debora Kayembe s'implique dans des luttes pour la justice et l'égalité comme "Black Lives Matter", combattant le racisme dont elle s'est dit à plusieurs reprises victimes.

>> A (re)lire : Allemagne : un réfugié syrien lance sa campagne électorale pour être élu au Parlement

En juin dernier, elle réchappe à un accident de voiture, causé par le sabotage intentionnel des pneus de son véhicule. Des clous y avaient été plantés.

"Les fois précédentes, je pouvais dormir tranquille", avait-elle expliqué alors, en référence à de précédentes intimidations racistes dont elle avait été la cible. "Parfois il faut faire le dos rond et laisser passer les choses, mais ce qui m'est arrivé ce jour-là est inacceptable."

À des médias britanniques, elle avait cependant tenu un discours optimiste : "Ces gens peuvent changer si on ouvre un dialogue avec eux".

"L'Afrique a besoin de la meilleure éducation"

Cette stratégie de dialogue a déjà porté ses fruits. L'été dernier, la fille de Debora Kayembe était revenue de l'école en larmes après qu'une enseignante lui avait demandé de faire une danse d'esclave devant ses camarades de classe.

Après des explications avec l'établissement, l'avocate avait rendu l'affaire publique, lançant une pétition pour que le Parlement écossais s'attaque d'urgence au problème du racisme dans le système éducatif. Sa requête a obtenu gain de cause : la question sera débattue dans les prochains mois.


Désormais, la priorité de Debora Kayembe est que l'université d'Edimbourg attire "les esprits les plus brillants en Ecosse", d'où qu'ils viennent, et notamment d'Afrique. Alors que la pandémie de Covid-19 paralyse toujours l'enseignement supérieur, cette crise a eu l'avantage d'ouvrir les possibilités d'enseignement à distance, une opportunité pour l'Afrique, selon Debora Kayembe.

"L'Afrique a besoin de l'éducation, de la meilleure éducation", a-t-elle affirmé, "mon rôle sera de m'assurer que ce soit tout en haut de l'agenda."

 

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