Mère Mechthild Thürmer de l’abbaye Frieden Abbey | Photo : Capture d’écran d’une vidéo Youtube de l’archidiocèse de Bamberg
Mère Mechthild Thürmer de l’abbaye Frieden Abbey | Photo : Capture d’écran d’une vidéo Youtube de l’archidiocèse de Bamberg

Mère Mechthild doit être jugée pour avoir hébergé des sans papiers dans son abbaye en Bavière. Elle raconte ses motivations au journal local Mittelbayerische Zeitung.

Mechthild Thürmer est la mère supérieure d’une abbaye bénédictine en Bavière. Depuis 2016, elle a offert l’asile religieux à une trentaine de personnes selon l’agence de presse catholique allemande KNA.

Elle risque désormais une peine de prison pour ce qu’elle considère être "son devoir". 

"Non, je ne suis pas une criminelle", s’est elle récemment défendue dans une interview à la Mittelbayerische Zeitung. "Mes sœurs et moi aidons ceux qui sont dans des situations d'impasse. Ces gens seraient en grand danger si on les expulsait. L’Eglise et l'État se sont mis d'accord pour que nous puissions offrir cette forme d'asile religieux et que chaque cas soit examiné par des fonctionnaires de l'État. La plupart du temps, l'asile leur est reconnu. J'enregistre chaque cas, je suis totalement transparente et je ne suis donc absolument pas une criminelle. Je n'ai fait de mal et je n'ai causé de problèmes à personne."

La justice bavaroise l’accuse pourtant d’"aide et de complicité à l’égard de résidents illégaux". Son procès prévu l’été dernier avait été reporté à une date encore inconnue. La religieuse a déjà été sommée de payer une amende de 2.500 euros, ce qu’elle a refusé de faire.

Mère Mechthild a commencé à offrir l'asile religieux en 2016, lorsque Raman*, un jeune Irakien, s’est présenté à sa porte, accompagné par une jeune femme allemande. Il était désespéré et avait peur, selon la religieuse. En vertu du règlement de Dublin, Raman venait d’être notifié de son renvoi vers la Hongrie, le pays par lequel il était entré dans l’Union européenne, mais dont l’Irakien disait avoir gardé des très douloureux souvenirs.


Mère Mechthild estime agir dans le cadre d’un accord passé entre l’Etat allemand et l’Eglise | Photo : Maria Frieden Abbey
Mère Mechthild estime agir dans le cadre d’un accord passé entre l’Etat allemand et l’Eglise | Photo : Maria Frieden Abbey


L’histoire de Raman

Raman avait fui Mossoul après la capture de sa famille par le groupe Etat islamique. Il aurait été en "grand danger" si on l’avait expulsé vers l’Irak, se souvient mère Mechthild, qui estime que Raman aurait été condamné au même sort que son frère et tant d’autres civils tués pas les islamistes radicaux.

Pour mère Mechthild le processus d’asile religieux est fait d’avantages est de contreparties. Les demandeurs d'asile accueillis sont censés travailler et aider l’Eglise et la paroisse. Raman, par exemple, participait à des travaux de peinture ou encore à nourrir le bétail. 

La veille de Noël, se souvient-elle, l’Irakien, bien que musulman, a aidé dans l’église pendant des heures durant. Mais il arrive que certains demandeurs d'asile aient plus de mal à s'intégrer, concède la religieuse. Elle rappelle qu’un "réfugié n’est ni meilleur, ni pire qu’une autre personne." Cependant, sur les 30 personnes qu’elle a décidé d’héberger, mère Mechthild ne se souvient que de quelque cas difficiles à intégrer dans la communauté.


Les personnes qui demandent l'asile à l’Eglise sont censées apporter leur aide au sein de l’abbaye, où l’on cultive notamment des fruits et légumes | Photo : l’abbaye Maria Frieden
Les personnes qui demandent l'asile à l’Eglise sont censées apporter leur aide au sein de l’abbaye, où l’on cultive notamment des fruits et légumes | Photo : l’abbaye Maria Frieden


Des expériences positives et négatives

Il lui est aussi arrivé de refuser certains demandeurs d'asile potentiels. Ces personnes n’auraient pas vraiment été en danger. Elle se souvient du cas d’un homme sur le point d’être renvoyé en France et qui affirmait pouvoir y être persécuté à cause de sa religion chrétienne. Aussi, toute personne ayant commis un crime ou ayant délibérément détruit son passeport pour tromper les autorités est refusée, explique la religieuse sur un ton ferme.

Interrogée sur son expérience la plus positive, mère Mechthild se rappelle du cas d'une jeune Érythréenne enceinte, qui a obtenu une protection subsidiaire après avoir accouché. "Quand elle m’a appelée, j’ai pu entendre le bébé pleurer dans le fond", se souvient-elle. Son mari et père de l’enfant avait un droit de séjour et un emploi. Paradoxalement, ce cas fait partie de ceux pour lesquels mère Mechthild doit être jugée.

Elle dit aussi avoir été très marquée par le sort d’une Iranienne qu’on avait forcée à se marier. Elle avait été "brutalement violée à plusieurs reprises", des traumatismes nécessitant un suivi thérapeutique intense. L’Iranienne a rendu visite à mère Mechthild récemment et "se sentirait désormais vraiment très bien".


Mère Mechthild attend toujours la date de son procès | Photo : Screenshot Facebook Maria Frieden Abbey
Mère Mechthild attend toujours la date de son procès | Photo : Screenshot Facebook Maria Frieden Abbey


Mère Mechthild souligne que l’asile religieux fait "évidemment" partie de son travail. Elle estime que l'accord sur lequel repose l'asile religieux est "clair", en espérant que le tribunal sera du même avis. L’asile religieux est une tradition chrétienne tolérée par les autorités allemandes et bénéficiant d’un certain vide juridique. "Ce serait vraiment dommage pour l'Allemagne de ne plus pouvoir offrir l'asile religieux."

Selon le Mittelbayerische Zeitung, la Bavière a compté en 2020 quelque 60 cas d'asile religieux, 40 pour l’Eglise protestante et 20 pour l’Eglise catholique. Les églises bavaroises accueillent en moyenne davantage de sans-papiers que les autres régions allemandes. Ces dernières années, le nombre d’asiles religieux est néanmoins à la baisse. 


*Le nom a été changé 

Cet article est largement inspiré d'un article de la Mittelbayerische Zeitung, publié le 15 février 2021, avec des informations complémentaires de l’agence KNA et d’un précédent article d’Infomigrants. 

 

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