Images d'archives de migrants retenus dans un centre de détention de Tripoli. Crédit : EPA
Images d'archives de migrants retenus dans un centre de détention de Tripoli. Crédit : EPA

Plus de 150 migrants africains ont été libérés dimanche d'une prison clandestine tenue par des trafiquants au sud-est de la Libye, ont indiqué les autorités. Les exilés, dont la plupart ont été victimes de maltraitance, ont été envoyés dans un centre de détention officiel.

Les autorités libyennes ont effectué une descente dimanche 21 février dans une prison clandestine située à Kufra, dans le sud-est du pays, où étaient retenus des dizaines de migrants. Cent-cinquante-six personnes, originaires du Soudan, d'Érythrée et du Soudan, ont ainsi été libérées. Parmi elles se trouvaient 15 femmes et cinq enfants.

Au moins six trafiquants ont été interpellés et une enquête a été ouverte.

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Cette opération a été rendue possible après qu'un migrant a réussi à s'échapper la semaine dernière d'une maison transformée en prison secrète. L'homme a signalé aux autorités que lui et d'autres exilés avaient été détenus et torturés par des trafiquants dans le bâtiment. 

"Certains souffraient de malnutrition et avaient besoin d'une assistance sanitaire car beaucoup ont été victimes de maltraitance", a précisé à InfoMigrants Safa Msehli, porte-parole de l'Organisation internationale des migrations (OIM).

Renvoyés en prison

Souvent dissimulés dans des entrepôts vides ou des usines désaffectées, ces endroits non officiels sont de véritables zones de non-droit où les conditions de détention sont inhumaines : les migrants sont entassés par dizaines dans des pièces sans lumière, sans accès à l'eau ou à des toilettes et privés de vrais repas.

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Ils y subissent également des sévices souvent filmés et envoyés à leurs familles qui doivent alors trouver des sommes d'argent faramineuses pour tenter de les sauver.

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Bien que non quantifiables et ni localisables, les centres de détention clandestins existent depuis que la Libye est devenue un pays de transit très emprunté par les migrants rêvant d'Europe. Le bureau libyen de l'ONG, Danish Refugee Council, estime que 10% des 800 000 migrants et réfugiés du pays sont passés au moins une fois dans l'une de ces prisons clandestines au cours des dernières années.

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Les 156 rescapés libérés dimanche de celle de Kufra ont ensuite été envoyés dans le centre de détention de la ville où le personnel de l'OIM leur a fourni une assistance sanitaire et des articles de première nécessité. Mais cette alternative ne satisfait pas les organisations internationales qui réclament depuis des années la fermeture des centres de détention officiels, connus pour être des lieux d'enfermement où les migrants sont là aussi victimes de violences.

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Depuis des années, la rédaction d'InfoMigrants reçoit quotidiennement des témoignages de migrants qui racontent les atrocités subies dans les centres gérés par les libyens. Les exilés font notamment état de tortures, rackets, viols, travaux forcés, surpopulation, malnutrition et disparitions.

 

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