Des migrants près de l'autoroute qui mène au tunnel sous la Manche. Crédit : Reuters
Des migrants près de l'autoroute qui mène au tunnel sous la Manche. Crédit : Reuters

Pour éviter des drames dans la Manche, les secouristes français sont régulièrement appelés à porter secours à des embarcations de personnes migrantes en difficulté. Mais à leur retour à terre, les exilés, souvent trempés, sont livrés à eux-mêmes, dénoncent les associations. La préfecture, elle, assure qu’un hébergement est proposé aux rescapés.

Les communiqués de la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord se suivent et se ressemblent. "Sauvetage de deux embarcations de migrants dans le détroit du Pas-de-Calais", "sauvetage d’une embarcation de 10 migrants au large de Sangatte"… La hausse des tentatives de traversée de la Manche par des personnes migrantes depuis début 2020 a entraîné une hausse des sauvetages en mer par les équipes du centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS).

Ces militaires peuvent envoyer des patrouilleurs porter secours aux migrants en difficulté. Mais une fois revenus sur la terre ferme avec les rescapés, ils n’en sont plus responsables.

Dans la plupart de ses communiqués, la préfecture maritime indique que les rescapés sont pris en charge "par les pompiers du service départemental d’incendie et de secours (SDIS) 62 ainsi que par la Police aux frontières (PAF) 62".

"C’est une jolie formule de dire qu’ils sont pris en charge. En vérité, ils sont pris en charge dans le sens où on ne les laisse pas se noyer mais après, il n’y a rien", dénonce Claire Millot, de l’association Salam.

Selon elle, il est très fréquent que des personnes migrantes secourues en mer soient livrées à leur sort une fois à terre, trempées et désorientées. "Quelques fois, la police les emmène au commissariat pour rassembler des informations et [les exilés] sont remis dehors dégoulinants d’eau", affirme la bénévole.

"On a une femme trempée sur les bras"

Il n’est pas rare de voir des personnes migrantes revenir à pieds vers Calais après un passage par le commissariat. "On en croise souvent quelques heures plus tard. On les prend en charge pour leur proposer des vêtements secs et une boisson chaude", explique Claire Millot.

Il arrive aussi que les associations soient directement contactées par les membres de la PAF, présents lors des retours des migrants à terre. "Théoriquement, nous ne sommes pas impliqués dans le retour des personnes secourues en mer mais le fait est qu’on est souvent appelés par la PAF. Ils nous disent : ‘On a une femme trempée sur les bras, est-ce que vous pouvez venir la chercher?’", raconte Pierre Roques, coordinateur de l’association Utopia 56 à Calais.

L’association reçoit aussi des appels de migrants qui ont tenté, sans succès, de traverser la Manche et sont revenus par leurs propres moyens.

Hébergements saturés

Pour la PAF comme pour Utopia 56, la seule solution pour obtenir un hébergement pour les personnes rescapées est d’appeler le Samu social et de demander une place d’hébergement. Mais le numéro d’urgence est tellement saturé que, certains soirs, personne ne répond au téléphone.

"Ce week-end, plus de 100 personnes nous ont appelés. Le Samu social n’a plus répondu après 2 heures du matin. [Lundi soir], plusieurs femmes avec des bébés ont passé la nuit dehors, trempées", déplore Pierre Roques.

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De son côté la préfecture du Pas-de-Calais assure que lors du retour à terre des personnes secourues en mer, "les migrants qui nécessitent une prise en charge médicale sont examinés par les sapeurs-pompiers et dirigés, le cas échéant, vers le centre hospitalier le plus proche".

Pour les autres, "une mise à l’abri est proposée dans les centres d’accueil et d’hébergement du département", affirme la préfecture, ajoutant que 467 migrants ont été accueillis dans ces structures en 2020 et 149 depuis le début de l’année 2021.

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Refus d'aller dans les centres

La préfecture assure que ces centres sont "destinés aux migrants". Mais selon Pierre Roques, il s’agirait d’hébergements d’urgence qui sont constamment saturés. "S’ils ont peut-être quelques places pour les familles, il me semble impossible qu’ils hébergent des hommes seuls."

La préfecture précise que certains exilés peuvent "refuser cette mise à l’abri". Deux solutions se présentent alors. Soit les personnes migrantes sont laissées libres, soit la PAF les emmène "pour une vérification du droit au séjour ou pour une audition afin de tenter d’identifier les trafiquants à l’origine de ces traversées maritimes périlleuses", explique la préfecture.

C’est à la suite de cet entretien qu’il est décidé si la personne est envoyée en centre de rétention administrative (CRA).

 

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