Tarifa, à la pointe sud de l’Espagne. Crédit : RFI
Tarifa, à la pointe sud de l’Espagne. Crédit : RFI

Le capitaine d’un bateau ayant transporté illégalement une centaine de personnes d’Algérie vers l’Espagne en 2019, a été condamné à quatre ans de prison par la Haute cour de justice d’Andalousie.

La Haute cour de justice d’Andalousie a condamné un homme à quatre ans de prison pour avoir transporté illégalement 106 personnes, dont onze enfants, depuis Beni Saf, en Algérie, vers l’Espagne, a rapporté jeudi 25 février le média local Murcia today.

Le bateau de 12 mètres de long était parti des côtes algériennes le 30 novembre 2019 à trois heures du matin, sans aucun équipement de sauvetage, ni vivres à bord. Des garde-côtes espagnols l’avaient intercepté quatre heures plus tard.

Développement des groupes criminels

À l’approche des autorités maritimes, le condamné avait jeté par dessus bord tous les documents permettant de l’identifier comme étant le capitaine du bateau, précise le site d'information Murcia today. Il avait également intimé aux passagers l’ordre de dire aux policiers qu’ils s’étaient cotisés entre eux pour acheter le bateau.

Murcia today rappelle que les achats de bateau en commun par des migrants sont courants. "Mais ces dernières années, des groupes criminels ont endossé ce rôle [d'acheter les canots] et gagnent des sommes d’argent considérables en organisant tous les aspects et toutes les étapes des traversées illégales", précise encore le média local.

L’une des techniques récemment développées par les passeurs consiste à envoyer plusieurs bateaux en même temps depuis les côtes d’Afrique du nord afin que de donner une chance à seulement certains d'entre eux d'arriver sur les côtes espagnoles.

Nombre de départs sous-estimés

Les départs en bateau depuis l’Algérie sont en augmentation ces dernières années. Selon les derniers chiffres de l'agence européenne de contrôle des frontières Frontex, 5 225 Algériens ont emprunté la route de la Méditerranée occidentale et 865 celle de la Méditerranée centrale durant les huit premiers mois de l'année 2020. Mais ces statistiques sont largement sous-estimées, selon certains spécialistes des questions d'immigration clandestine.

C'est le cas de Kouceila Zerguine, un avocat basé à Annaba, une ville côtière du nord-est de l'Algérie, qui estimait déjà en juin dernier que les chiffres réels du nombre de migrants clandestins doivent être "multipliés par 20" pour prendre en compte ceux qui ont réussi leur traversée.

En Algérie, une loi votée en 2009 punit jusqu'à six mois de prison toute tentative de quitter le territoire national clandestinement. Elle punit également les passeurs moyennant des peines pouvant aller jusqu'à 20 ans d'emprisonnement.

Malgré cette loi, en 2020, les Algériens représentaient la première nationalité des arrivées illégales en Andalousie. Un tel phénomène ne s'était pas produit depuis 2016.

Espoirs déçus de changement démocratique

"Les Algériens sont de moins en moins nombreux à espérer un changement démocratique, alors ils quittent à nouveau leur pays, comme avant la révolution", commencée en février 2019, analysait en février 2020 le chercheur marocain spécialiste des migrations Ali Zoubeidi, joint par InfoMigrants.

Un rapport de la commission européenne a montré par ailleurs que les Algériens empruntent de moins en moins la voie marocaine pour rejoindre l'Espagne par la mer, comme c'était le cas depuis des années. Ces candidats à l'exil, également appelés "harragas", partent désormais directement des plages algériennes.

 

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