Les deux évacuations ont eu lieu jeudi matin, plus de 120 personnes ont été "mises à l'abri", selon la préfecture. Crédit : Human rights observers
Les deux évacuations ont eu lieu jeudi matin, plus de 120 personnes ont été "mises à l'abri", selon la préfecture. Crédit : Human rights observers

La police a procédé à deux opérations de "mise à l'abri" jeudi au hangar Magnésia et sur le terrain de la Roselière à Calais, dans le nord de la France. Plus de 120 personnes ont été prises en charge et une vingtaine de sans-papiers placés en rétention. Certains ont déjà commencé à réinvestir l'un des deux campements évacués.

Deux vastes opérations d'évacuation de camps de migrants ont été menées jeudi 25 février par la police à Calais, dans le nord de la France. La première a eu lieu au hangar Magnésia et la seconde sur le terrain de la Roselière. Au total, 126 personnes ont été prises en charge et dirigées vers des centres d'accueil et d'examen de la situation (CAES) du département. Un vingtaine d'autres ont, quant à eux, été envoyé en centre de rétention (CRA).

"Quatre ou cinq bus ont été affrétés lors de ces deux opérations. Mais l'un des véhicules a été stoppé par les exilés qui en sont descendus afin de rentrer à pied à Calais", indique Pierre de l'association Utopia 56, contacté par InfoMigrants. "Cela arrive fréquemment. Certains se sont même déjà réinstallés sur le terrain [de la Roselière] car il n'a pas été clôturé par la police. Nous y avons distribué des tentes hier soir".

Human rights observers (HRO), dont la mission est de documenter et dénoncer les violations des droits humains perpétrées contre les personnes exilées à Calais et Grande-Synthe, confirme qu'un grand nombre des délogés sont déjà de retour à Calais. "Selon des témoignages, les exilés ont été forcés de monter dans les bus sans aucune information. La mise à l'abri forcée est illégale et inefficace", a écrit le collectif sur Twitter qui a également dénombré 82 tentes, 28 bâches, et 156 sacs de couchages ou couvertures saisis par la police. 

La préfecture, de son côté, affirme que les deux opérations se sont déroulées dans le calme. Elle appliquait pour le hangar Magnésia une décision du tribunal judiciaire de Boulogne sur mer. La seconde intervention était une opération en flagrance.

Un millier d'évacuations en 2020

Depuis l’été 2018, les campements de migrants disséminés à Calais et ses alentours sont expulsés toutes les 48 heures, voire toutes les 24 heures. En 2020, HRO a ainsi comptabilisé environ un millier d’évacuations. 

Il s'agit d'une politique de l'État visant à "éviter les points de fixation" et l'apparition d'une nouvelle jungle de Calais. Dans un entretien accordé en janvier à France inter, Michel Tournaire, le sous-préfet de Calais, affirmait que cette stratégie perdurerait "le temps qu'il faudra" et même "des années, si ça doit être des années".

>> À (re)lire : L'État sévèrement critiqué pour sa gestion des migrants à Calais et Grande-Synthe

L'association Calais Food Collective qui se déplace chaque semaine sur l'ensemble des campements du Calaisis estimait à 850 le nombre d'exilés à la rue ou mal-logés il y a encore quelques jours. Ils sont aussi plusieurs centaines à vivre dans des conditions similaires à Grande-Synthe, à une trentaine de kilomètres au nord de Calais. 

"Le nombre d'exilés avait diminué ces dernières semaines car certains avaient accepté de partir en centre d'accueil en raison des conditions météo hivernales et de la pandémie", note François Guennoc, vice-président de l'Auberge des migrants, joint par InfoMigrants. "Mais ils reviennent progressivement sur le littoral depuis quelques jours. Il y a également de nouveaux arrivants certainement portés par un redoux et par des tentatives de traversées de la Manche fructueuses ces derniers temps."

 

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