Les migrants secourus sont logés dans un hôtel en Guadeloupe. Capture d'écran de France Info
Les migrants secourus sont logés dans un hôtel en Guadeloupe. Capture d'écran de France Info

Le lundi 22 février, une embarcation d'un soixantaine de migrants, très majoritairement haïtiens, s'échouait au large de la Guadeloupe, une des îles françaises des Caraïbes. Bien qu'exceptionnelle, cette arrivée fut chaotique, selon les associations d'aide aux étrangers qui dénoncent le non-respect du droit d'asile, l'isolement de ces personnes sans possibilité de communiquer avec l'extérieur et l'absence d'accès à un médecin.

Que va-t-il se passer pour la soixantaine de migrants haïtiens secourus en mer en Guadeloupe, lundi 22 février ? Ce jour-là, après avoir reçu un appel de détresse lancé depuis une embarcation dans les Caraïbes, les autorités maritimes françaises et néerlandaises ont lancé une vaste opération de recherche en mer. Le canot a finalement été repéré dans le secteur guadeloupéen. 

À bord du bateau à moteur, se trouvaient une soixantaine de personnes, 58 hommes, 11 femmes et un enfant. La grande majorité d’entre eux sont Haïtiens. Les autres, Indiens, Colombiens et Dominiquais. "Ils voulaient aller à Saint-Martin mais se sont échoués au large de la Guadeloupe", précise Laure Palun, membre de l’association d’aide aux étrangers l’Anafé.

"Arrivée exceptionnelle"

Ce genre d’arrivée est assez rare, déclare André Bruno, le sous-préfet de Guadeloupe, contacté par InfoMigrants. "Le dernier s’est produit il y a deux ans". En juin 2019, en effet, une embarcation de 26 Haïtiens était arrivée en Guadeloupe, puis en juillet 2019, une quarantaine d’autres personnes s’étaient aussi échouées sur la plage. "Tous ont été refoulés rapidement", précise Laure Palun.

"Ce type d'évènement est exceptionnel", admet aussi André Bolle, de la Cimade Guadeloupe. "L'immigration haïtienne n'est habituellement pas collective. Les ressortissants haïtiens arrivent en Guadeloupe en général par très petits groupes. Ils se rendent habituellement à Saint Domingue, puis rejoignent la Dominique par avion, puis la Guadeloupe avec une embarcation de pêcheur (motorisée) où ils sont abandonnés sur une plage."

Pour les nouveaux arrivants, la procédure de placement en zone d’attente en vue de leur expulsion a été rapide. "À leur arrivée [au port de Pointe-à-Pitre], [les personnes migrantes] ont fait l’objet d’un test PCR, puis d’un refus d’entrée sur le territoire français et ont été placées en zone d’attente. Elles ont également fait l’objet d’une mesure de septaine, en raison du contexte sanitaire", peut-on lire dans un communiqué commun de la Cimade et de l’Anafé.

En Guadeloupe, la zone d’attente, destinée à maintenir les personnes qui ne sont pas autorisées à entrer sur le territoire français, ne compte que… deux places. "C’est pour cela que la préfecture a créé des extensions de la zone d’attente, dans des hôtels notamment", précise encore Laure Palun. Les rescapés du 22 février ont tous été transférés à l’hôtel du Salako, a confirmé le sous-préfet de Guadeloupe.

Violation du droit d’asile

Certains de ces rescapés ont-ils voulu et pu demander l’asile ? Les associations affirment que non. "Certains d’entre eux avec qui nous avons pu entrer en contact nous ont dit que les autorités françaises n’avaient pas voulu enregistrer leur demande de protection internationale", continue Laure Palun. "Tout est allé très vite, après leur transfert dans un hôtel, personne n’arrivait à les joindre ! On s’est rendu compte que la plupart des téléphones dans les chambres ne marchaient pas".

Après plusieurs heures, les associations ont finalement pu entrer en contact avec les migrants. Outre le refus d’enregistrer un dossier d’asile, elles ont noté plusieurs autres violations du droit. "Des personnes ne se connaissant pas ont été placées dans la même chambre. Le téléphone des chambres ne permet pas d’appeler un avocat, leur consulat, la personne de leur choix, ni même de faire savoir à leurs familles qu’elles sont toujours en vie […] Certaines personnes ont besoin de voir un médecin, sans pouvoir y avoir accès. Aucun soutien psychologique n’a été mis en place pour accompagner ces personnes naufragées tout juste rescapées de la noyade", ajoute Laure Palun.

Remis en liberté

La mobilisation des associations a payé : vendredi 26 février, soit quatre jours après leur sauvetage, les migrants ont bénéficié d'un "vice de procédure". Ils doivent donc être "libérés" prochainement de la zone d’attente où ils sont maintenus. "Ils restent à l’hôtel le temps de finir la septaine", précise Laure Palun.

Où vont-ils loger ? "Difficile à dire", confesse encore Laure Palun. Il n’existe pas de CADA en Guadeloupe et aucune autre structure d'hébergement n’a été mise en place pour les demandeurs d'asile.

Par ailleurs, les trois Indiens qui se trouvaient aussi sur la même embarcation ont été expulsés vers leur pays d'origine jeudi, a rapporté le procureur de la République de Pointe-à-Pitre, Patrick Desjardins. Et les deux Dominiquais, également à bord de l'embarcation, présentant un "profil de passeur plutôt que de migrants" ont été placés en garde-à-vue puis "présentés à la JIRS (Juridiction interrégionale spécialisée) de Fort-de-France".

Pour rappel, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) n'est pas présent en Guadeloupe. Les demandes d'asile des étrangers arrivant sur l’île sont reçues par un Guda (Guichet Unique pour Demandeurs d'Asile). Les demandeurs doivent ensuite adresser leur "récit" à l’Ofpra par voie postale. Les entretiens individuels avec l'officier de protection de l’Ofpra se font généralement par visioconférence. 

 

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