Le Sea Watch 4 en septembre 2020. Crédit : Ansa
Le Sea Watch 4 en septembre 2020. Crédit : Ansa

Le Sea Watch 4 de l'ONG allemande éponyme a été autorisé mardi à quitter la Sicile après des mois d'immobilisation pour raisons de sécurité par les autorités italiennes. Il devrait pouvoir rejoindre prochainement le Sea Watch 3 et les autres navires humanitaires patrouillant au large de la Libye après quelques travaux de remise aux normes.

C'est une victoire au goût amer pour le Sea Watch 4. Immobilisé pour raisons de sécurité par les autorités italiennes depuis le 19 septembre, le navire de l'ONG allemande éponyme a été libéré mardi 2 mars et va pouvoir reprendre prochainement ses activités de sauvetage au large de la Libye

"C'est une décision gratifiante mais elle arrive trop tardivement", commente Johannes Bayer, présidente de Sea-Watch, dans un communiqué. "La politique migratoire de l'Union européenne est de laisser mourir les gens. En 2021, trois fois plus de personnes se sont déjà noyées en Méditerranée que l'année ne compte de jours."

L'Organisation mondiale pour les migrations (OIM) a répertorié de son côté au moins 236 morts en Méditerranée entre le 1er janvier et le 3 mars.

Le Sea Watch 4 avait été immobilisé en septembre après 11 heures d'inspection au port de Palerme en Sicile où venaient de débarquer des migrants secourus quelques jours plus tôt. L'équipage du Sea Watch 4 avait été notamment accusé de "sauver systématiquement" les migrants même s'ils n'étaient pas en détresse. Un trop grand nombre de gilets de sauvetage à bord ou encore des lacunes dans le système d'évacuation avaient aussi été invoqués pour justifier l'immobilisation du navire.

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Fin décembre, le tribunal administratif régional de Palerme avait renvoyé l'affaire devant la Cour européenne de justice pour déterminer si la Directive européenne sur le contrôle des ports par l'État pouvait s'appliquer aux navires humanitaires. Dans ce cadre, le juge a rappelé que la sécurité de la navigation était assurée par l'État du pavillon - en l'occurrence ici l'Allemagne - et par le capitaine du navire en cas de situations nécessitant une intervention d'urgence. Il a également ajouté que le transport des personnes secourues à bord était limité au temps strictement nécessaire à leur débarquement dans un port sûr.

Continuer de se battre pour "empêcher d'autres blocages illégitimes"

En attendant le verdict de la Cour européenne de justice, le tribunal administratif de Palerme a accepté la requête de suspension du blocage demandée par Sea-Watch, permettant ainsi la libération du navire. "Nous voulons absolument empêcher à l'avenir ce genre de blocage illégitime de notre navire de sauvetage mais aussi des autres. Pour cela, nous continuons à nous battre devant la Cour européenne de justice", a indiqué Johannes Bayer.

Comme le Sea Watch 4, au moins une demi-douzaine de navires humanitaires, dont le Sea Watch 3, l'Ocean Viking ou encore le Mare Jonio, ont été bloqués par l'Italie au cours de l'été dernier. Fin septembre, plus aucune ONG de sauvetage des migrants en Méditerranée ne patrouillait au large de la Libye. Les navires n'ont pu reprendre leurs activités qu'au terme de longs combats judiciaires et des mois d'attente.

Et pour certains, c'est loin d'être fini : le Mare Jonio de l'ONG Mediterranea fait notamment face, depuis quelques jours, à des soupçons de corruption portés par le parquet de Raguse en Sicile.

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Le Sea Watch 4 reprendra ses missions de recherche et de sauvetage "dès que possible", signale son ONG. Il doit d'abord passer par le chantier naval afin de subir quelques travaux en raison de sa longue immobilisation.

Le Sea Watch 3, quant à lui, a repris la mer le 19 février dernier et a déjà porté secours à 363 personnes lors de plusieurs opérations de sauvetage. L'équipage a obtenu mercredi le feu vert pour débarquer ses rescapés à Augusta en Sicile.

 

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