Le camp de Lipa, dans le nord de la Bosnie. Crédit : AP Photo
Le camp de Lipa, dans le nord de la Bosnie. Crédit : AP Photo

Soufyan Ali, un Pakistanais qui vit dans le camp de Lipa, dans le nord de la Bosnie, depuis trois mois, a adressé une lettre ouverte aux députés européens. Il exhorte l’UE à agir en faveur des demandeurs d’asile coincés en Bosnie-Herzégovine. L'association No Name Kitchen a transmis sa lettre à InfoMigrants.

C’est la visite, dans le camp de Lipa, près de la ville de Bihac, dans le nord de la Bosnie, de la députée européenne Alessandra Moretti le 31 janvier dernier qui a donné à Soufyan Ali l’idée d’adresser une lettre aux membres du Parlement européen.

La députée italienne, membre du Parti démocrate, a rencontré ce Pakistanais originaire de la région du Cachemire au cours d’une visite en Bosnie organisée avec trois autres députés européens du même parti.

>> À (re)lire : Bosnie : l’UE augmente de 3,5 millions son aide pour les migrants et appelle à la reconstruction du camp de Lipa

Invité par la députée à lui faire part des difficiles conditions de vie rencontrées par les demandeurs d’asile à Lipa, Soufyan Ali a décidé de lui écrire cette lettre dont il aimerait qu’elle soit également transmise à l'ensemble des députés européens. Son texte a été rendu public par l'association No Name Kitchen qui vient en aide aux personnes migrantes dans le nord de la Bosnie et documente les violences policières à la frontière croate.

Son message est un appel au secours. "Nous sommes des réfugiés. Nous n’avons pas de travail. Nous n’avons pas de droit. Aucune dignité ici. Nous avons besoin de perspectives", écrit-il.

Le Pakistanais qui vit dans le camp depuis trois mois dénonce notamment un système de "protection des frontières" où il n’existe aucun "moyen légal pour atteindre l’Europe" depuis la Bosnie. "Nous sommes obligés d’essayer [d’entrer dans l’UE] de manière illégale. L’objectif pour la plupart des migrants est de voyager sans être repérés en Croatie, puis en Slovénie pour atteindre l’Italie. L’Italie est le premier pays où le risque d’être repoussé en Bosnie diminue", ajoute-t-il.

Conditions de vie indignes

Le Pakistanais évoque également les difficiles conditions de vie des demandeurs d’asile. Dans ce camp détruit par un incendie à la fin du mois de décembre, plusieurs centaines de personnes ont vécu pendant des semaines dans des conditions inhumaines, toute solution de relogement étant empêchée par des blocages politiques. Au début du mois de janvier, des tentes chauffées ont été installées par la Croix-Rouge bosnienne mais les conditions de vie restent extrêmement précaires pour le millier de résidents du camp.

"Il y a seulement une douzaine de toilettes chimiques pour plus d’un millier de personnes. Pas d’eau courante pour boire. Nous sommes souvent à court d’eau […] Il y a seulement cinq douches au total, pour toutes ces personnes. L’eau chaude n’arrive pas jusqu'aux douches", décrit Soufyan Ali dans sa lettre.

Les conditions de vie des personnes migrantes à Lipa sont régulièrement dénoncées par les ONG et l’Union européenne. Bruxelles a déjà appelé plusieurs fois les autorités de Sarajevo à reconstruire le camp afin qu’il soit plus habitable.

Bloqués dans ce pays pauvre des Balkans, les exilés clament qu’ils souhaitent par dessus tout quitter la Bosnie pour gagner l’Europe de l’ouest. Mais la frontière avec la Croatie – qui marque aussi l’entrée dans l’UE – est extrêmement difficile à franchir et les refoulements depuis la Croatie, la Slovénie et même l’Italie vers la Bosnie sont fréquents.

Coincé comme quelque 8 000 autres personnes dans le "cul de sac bosnien", Soufyan Ali réclame aussi dans sa lettre le droit de travailler. Le meilleur moyen de retrouver sa dignité est de s'acheter soi-même sa nourriture, par exemple. "Nous sommes des hommes jeunes et en forme, nous pouvons travailler, implore Soufyan Ali. Être coincés sans rien à faire nous rend malades."

 

Et aussi