Des bateaux de migrants sur une plage du nord de la France. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Des bateaux de migrants sur une plage du nord de la France. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Une enquête a été ouverte par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) après qu’une plainte a été déposée par une Irakienne qui a perdu le bébé qu’elle portait. Cette mère de famille avait été contrôlée dans le nord de la France et avait réclamé d'aller aux urgences. En vain.

"L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a commencé ses investigations dans le cadre d’une enquête pénale pour une infraction d’omission de porter secours", a déclaré mercredi 3 mars le procureur de Boulogne-sur-Mer, Pascal Marconville.

Une plainte a en effet été déposée le 25 février par les parents d’un enfant mort trois jours après sa naissance, à la suite d’une nuit passée dehors sous surveillance policière dans le nord de la France, indique le quotidien Libération, qui s’est entretenu avec les plaignants, désormais demandeurs d'asile au Royaume-Uni.

Dans la nuit du 1er au 2 septembre, une famille kurde-irakienne comprenant deux enfants de 10 et 2 ans et dont la femme était en fin de grossesse, ont été interpellés avec une dizaine d’autres migrants par la gendarmerie sur la rive d’Oye-Plage (entre Calais et Dunkerque) alors qu’ils étaient "sur le point de tenter la traversée de la Manche pour rallier les côtes britanniques à bord d’une embarcation semi-rigide motorisée de type zodiac", précise la préfecture dans un communiqué.

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C’est à partir de ce moment que les récits divergent. Selon la famille, contactée par Libération, la femme a perdu les eaux lors de son interpellation mais n’a jamais été emmenée à l’hôpital "malgré ses demandes répétées". La préfecture explique, elle, que "les gendarmes [ont pris] contact avec les services de la Police aux frontières (PAF), qui [se sont rendus] sur place pour prendre en compte les migrants présents et interpeller certains d’entre eux aux fins de vérifications administratives. À ce moment précis, aucun des migrants [n’a] fait part de difficultés particulières".

Le bébé meurt à l'hôpital

D’après Me Julie Gommeaux, l’avocate de la famille interrogée par l’AFP, "il s'est déroulé plusieurs heures, pendant lesquelles le groupe avait l'injonction de rester là, dehors, dans le froid, près des véhicules" des forces de l'ordre.

Plusieurs heures plus tard, les migrants ont finalement été "laissés libres et invités à s'éloigner du littoral", assurent les autorités. Puis, ils sont de nouveau contrôlés "un peu plus tard par d'autres gendarmes en patrouille".

La femme précédemment contrôlée se signale alors aux forces de l'ordre, elle dit être sur le point d'accoucher. "[...] Ce qui conduit immédiatement les gendarmes présents à alerter les services de secours", continue la préfecture. "Ils ont appelé tout de suite une ambulance, je leur dis encore merci", dit à Libération la mère de famille.

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Prise en charge, la femme est admise au centre hospitalier de Calais, qui pratique une césarienne en urgence. Le nouveau-né, qui souffre d'une anoxie sévère, une absence d'oxygène, meurt trois jours après sa naissance, peut-on lire dans le dossier médical que Libération a pu consulter.

Dans son communiqué, la préfecture rappelle que durant cette journée de septembre, marquée par des conditions météorologiques très favorables, "41 tentatives de traversées maritimes clandestines de la Manche, pour un total de 592 migrants impliqués", ont été recensées dans le Pas-de-Calais.

En 2020, plus de 9 500 traversées ou tentatives de traversée de la Manche sur des embarcations de fortune ont été dénombrées, quatre fois plus qu'en 2019.

 

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