"Sur 6 000 jeunes, seuls trois ou quatre vont percer dans le football professionnel", affirme Johanna Omolo. Crédit : Capture d’écran d’un reportage de la DW
"Sur 6 000 jeunes, seuls trois ou quatre vont percer dans le football professionnel", affirme Johanna Omolo. Crédit : Capture d’écran d’un reportage de la DW

L’international kenyan fait partie des rares qui ont réussi à devenir footballeur professionnel en Europe. Désormais, il s’investit dans son pays pour soutenir la jeunesse.

"Rien de bon ne sort de Dandora" est une phrase que Johanna Omolo a souvent entendu. Trop souvent même. Dandora est le quartier en périphérie de Nairobi où l’international kenyan a grandi. C’est également là que se trouve la plus grande décharge à ciel ouvert du Kenya.

"Je vivais juste à côté de la décharge, à trois minutes à pied. La puanteur était insupportable", se souvient Johanna Omolo. "Nous jouions au football juste à côté. On se servait des sacs en plastique pour en faire des ballons."

Parmi ses amis, certains fouillaient la décharge pour trouver des objets recyclables à revendre. D’autres ont rejoint des gangs pour nourrir leur famille, parfois au prix de leur vie.

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"Beaucoup de familles vivent avec moins d’un dollar par jour", précise Johanna Omolo. "Il n’y avait que le football ou le crime. J’ai eu de la chance parce que je me suis accroché au football."

À 17 ans, il parvient en effet à se faire recruter par un club en Europe. En 14 ans de carrière, Johanna Omolo a joué en Belgique, au Luxembourg et désormais en Turquie pour le club de Erzerumspor. Aujourd’hui, à 31 ans le Kenyan sait qu’il a eu beaucoup de chance. 

En Europe, "sur quelque 6 000 jeunes qui arrivent chaque année d’Afrique, je peux vous dire que seuls quatre ou cinq d’entres eux vont réussir", affirme le footballeur. La grande majorité de ceux qui ne percent pas tentent ensuite de rester par d’autres moyens. Pour certains, le sentiment de honte d’avoir échoué est trop grand pour rentrer au pays.


Johanna Omolo a grandi près de cette décharge à Dandora, en banlieue de Nairobi. Crédit : Picture alliance
Johanna Omolo a grandi près de cette décharge à Dandora, en banlieue de Nairobi. Crédit : Picture alliance


Le Ghanéen Ernest Yeboah Acheampong a lui aussi fait partie de ceux qui ont rêvé d’une carrière professionnelle. Il a fini par passer ses années en Europe à faire des études et à occuper un poste d’entraîneur adjoint. 

Aujourd’hui, il enseigne l’éducation sportive et physique à l’Université de l’éducation de Winneba au Ghana. 

L’an dernier, Ernest Yeboah Acheampong a publié une étude intitulée "African footballers in Europe". Dans le cadre de ses recherches, il a discuté avec d’anciennes stars du ballon rond comme Samuel Eto’o ou encore Abedi Pele autour de leurs expériences vécues en Europe.

"La plupart des joueurs africains ont un faible niveau d’éducation", explique le chercheur. "Beaucoup d’entre eux ont abandonné l’école." À l’image de Nii Odartey Lamptey, qui a remporté la coupe du monde des moins de 17 ans avec le Ghana en 1991. Il ne savait ni lire ni écrire en arrivant en Europe et s’était retrouvé incapable de comprendre les contrats qu’on lui faisait signer. Le Ghanéen dit avoir été trompé pendant des années par ses agents. 

Selon Ernest Yeboah Acheampong, dans les années 80, les parents africains étaient encore réticents à l’idée de laisser leurs enfants viser une carrière de footballeur professionnel.

Mais cela a changé au début des années 90. "Après le succès des équipes africaines aux coupes du monde des moins de 17 ans (remportées par le Ghana en 1991 et 1995 et par le Nigeria en 1993), les agents étrangers ont envahi le continent pour recruter des footballeurs pour le marché européen", note le chercheur.

Mais pour un jeune, venir en Europe s’accompagne de nombreuses obligations et de dettes envers ceux qui l’ont aidé, estime le chercheur. "Ils ont le sentiment d'avoir été soutenus de diverses manières" et ceux qui ne s’y plient pas sont qualifiés "d’ingrats ou ridiculisés pas la société".

Johanna Omolo a également le sentiment de devoir rendre quelque chose. C’est pourquoi il a crée en 2017 une fondation pour donner aux jeunes de Dandora de meilleures perspectives d'avenir.


A travers sa fondation, Johanna Omolo se sert du football comme moyen de donner de l’espoir aux jeunes de Dandora. Crédit : Johanna Omolo Foundation
A travers sa fondation, Johanna Omolo se sert du football comme moyen de donner de l’espoir aux jeunes de Dandora. Crédit : Johanna Omolo Foundation


La Fondation Johanna Omolo vient en aide aux familles pauvres, notamment en fournissant des uniformes d’école pour les enfants. Elle distribue aussi régulièrement des serviettes hygiéniques à des centaines d’adolescentes pour leur éviter de devoir rester à la maison lorsqu’elles ont leurs règles.

La Fondation gère également un académie de football qui accueille des garçons et des filles particulièrement talentueux. Quand ils ne sont pas sur le terrain, les élèves vont à l’école pour avoir d’autres options pour leur avenir que le football professionnel.

"Quand j’étais petit, on me disait que ceux qui jouent au football ne savent rien à l’école. Mais quand je suis arrivé en Europe, j’ai réalisé que cela n’était pas vrai", raconte Johanna Omolo. "On leur donne une opportunité. Et si ça ne fonctionne pas dans le sport, l’éducation garantit une sécurité. Je veux que ces jeunes réussissent."

Le Kenyan veut aussi s’investir pour les jeunes au-delà de Dandora. Avec 11 autres joueurs africains, il a rejoint en 2019 l’initiative Common Goal, qui rassemble quelque 150 joueurs professionnels mais aussi des entraîneurs comme l’allemand Jürgen Klopp. Ils font notamment don d’1% de leur salaire pour soutenir des projets sociaux autour du football. 

Johanna Omolo souhaiterait voir davantage de joueurs africains rester dans leurs pays. "Nous tentons de mettre en place une structure chez nous parce que si nous y parvenons, beaucoup de joueurs seront en mesure de gagner de l’argent. Mais c’est compliqué [de les dissuader de partir]. Lorsque les jeunes nous voient en Europe, ils se disent : toi, tu est bien parti et tu as réussi."

Source : dw.com

 

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