Vendredi 5 mars, 70 migrants retenus par des trafiquants à Bani Walid ont été libérés par les militaires libyens. Crédit : capture d'écran Twitter
Vendredi 5 mars, 70 migrants retenus par des trafiquants à Bani Walid ont été libérés par les militaires libyens. Crédit : capture d'écran Twitter

Soixante-dix migrants, battus et torturés, ont été libérés vendredi de six prisons clandestines de Bani Walid, une ville située à une centaine de kilomètres de Tripoli et considérée comme l'une des plaques tournantes du trafic d'êtres humain en Libye. Plusieurs trafiquants ont été interpellés par les militaires libyens lors de cette opération.

Depuis plusieurs semaines, les autorités libyennes multiplient les opérations de lutte contre le trafic de migrants, jusque là peu nombreuses. Après la libération de 150 exilés d'une prison clandestine de Kufra le 21 février et l'arrestation d'un homme soupçonné du meurtre de 30 migrants le 2 mars, un nouveau raid a été effectué vendredi 5 mars.

Cette fois, c'est la ville de Bani Walid (à une centaine de kilomètres au sud de Tripoli) qui a été visée, a indiqué la Commission nationale des droits de l'Homme en Libye (NCHRL) dans un communiqué. La ville est tristement célèbre pour être l'une des plaques tournantes du trafic d'êtres humains.

Selon le compte Twitter de Rob Gowans, proche des autorités libyennes, l'opération a concerné six sites "appartenant aux plus célèbres trafiquants d'êtres humains en Libye".

Soixante-dix migrants africains retenus dans des prisons clandestines ont ainsi été libérés et plusieurs trafiquants ont été interpellés. Dans une série de vidéos publiée par Rob Gowans, on peut voir des échanges de tirs entre les militaires et les trafiquants, ainsi que leur arrestation.

Bani Walid, "le pire endroit sur terre"

Lors de cette opération, des preuves filmées de tortures exercées sur des migrants ont été retrouvées. On peut y voir un homme pendu la tête en bas, les mains et les pieds attachés, en train d'être battu. Sur d'autres images, on aperçoit une femme en larmes, menottes aux mains et les pieds maintenus à un tuyau, se faire frapper violemment à l'aide d'un bâton.

Ces vidéos étaient envoyées aux familles des migrants afin de leur soutirer de l'argent en échange de la libération de leurs proches.

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Depuis des années, InfoMigrants reçoit régulièrement des témoignages de migrants passés par un des centres de Bani Walid. Ils y racontent les violences à leur encontre, les travaux forcés, les viols, les meurtres… 

En 2017 déjà, un Camerounais prénommé Issa expliquait déjà qu'il "faut prier Dieu pour de pas être vendu dans un ghetto de Bani Walid". Plus récemment, en janvier 2020, Ibrahim, un Sénégalais racontait que "Bani Walid [était] le pire endroit sur terre".

"Plusieurs personnes ont été battues à mort sous mes yeux. Les corps sont ensuite enterrés dans le désert. J’ai moi-même été obligé de le faire, sous la menace d’armes", détaillait Ibrahim qui a passé les "pires moments" de sa vie là-bas. "Si tu ne fais pas ce qu’ils disent, ils te tuent. Les femmes disparaissent de la prison de 19h à 7h du matin, elles sont violées toutes les nuits à l’extérieur".

 

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