La cour du centre rétention du Mesnil Amelot, à proximité de l'aéroport de Roissy Charles-De-Gaulle en mai 2019. Crédit : InfoMigrants
La cour du centre rétention du Mesnil Amelot, à proximité de l'aéroport de Roissy Charles-De-Gaulle en mai 2019. Crédit : InfoMigrants

Sept ressortissants étrangers ont été condamnés samedi 6 mars à des peines de prison pour la rébellion à l'origine de l'incendie, en janvier dernier, qui a détruit une partie d'un centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot en banlieue parisienne, où ils se trouvaient en attente de leur expulsion.

Le verdict est tombé dans la nuit du 5 au 6 mars, au terme d'une douzaine d'heures de procès, une durée particulièrement rare pour des comparutions immédiates : sept migrants ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Meaux en Seine-et-Marne à des peines de prison allant de 16 mois ferme à 12 mois avec sursis probatoire pour des faits de "rébellion commise en réunion". Deux d'entre eux ont également été condamnés pour incendie volontaire.

Âgés de 18 à 34 ans, deux des prévenus sont Algériens, deux Tunisiens, un Égyptien, un Congolais et un Pakistanais. 

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Les faits qui leur sont reprochés remontent au 20 janvier alors qu'ils étaient retenus au CRA du Mesnil-Amelot situé en bordure de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, au nord de Paris. La veille, certains avaient appris leur maintien en rétention - malgré le dépassement du délai maximal d'enfermement de trois mois - faisant monter un sentiment de colère. 

La justice avait, elle, pris cette décision à la suite du refus par plusieurs retenus de subir un test PCR requis par le pays d'origine en vue de leur expulsion hors de France.

Dans la matinée du 20 janvier, deux des six bâtiments de vie du plus grand CRA de France ont alors été incendiés par un groupe de mécontents rassemblé dans la cour du complexe. Des violences ont ensuite éclaté entre les sans-papiers et le personnel de sécurité du CRA qui, essuyant des jets des projectiles, a fait usage de gaz lacrymogènes. Des forces de police extérieures au CRA ont été contraintes d'intervenir pour rétablir le calme après plusieurs heures d'échauffourées et pour dégager la voie pour les pompiers. 

Aucun blessé n'a été déploré mais les deux bâtiments incendiés sont, depuis, totalement hors d'usage.

"Cette audience n'est pas une tribune politique"

Lors de l'audience, les prévenus se sont tous attachés à garder le silence, clamant seulement leur innocence. "J'ai pas agressé qui que ce soit", a notamment martelé l'un d'entre eux, un Tunisien de 24 ans, le seul à comparaître libre.

S'appuyant sur les piètres conditions de rétention, la défense a cherché à dénoncer la politique d'enfermement dans les CRA en France, arguant que les incidents témoignaient d'un "cri de désespoir" de la part des prévenus. Un argument qui est mal passé auprès du président du tribunal qui a rétorqué que "cette audience (...) n'était pas une tribune politique".

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Depuis octobre, plusieurs étrangers maintenus en CRA ont déjà été envoyés en prison pour avoir refusé un test PCR. Une pratique jugée "illégale" par les avocats en droit des étrangers qui dénoncent une violation "des droits fondamentaux".

Les conditions de rétention dans les CRA de France sont régulièrement dénoncées par les migrants eux-mêmes et par plusieurs associations de défense des droits des étrangers. Début janvier, trois migrants retenus ou anciennement retenus au CRA du Mesnil-Amelot ont par exemple porté plainte affirmant avoir subi des fouilles à nu pourtant interdites. Des grèves de la faim ou encore des tentatives de suicide sont également couramment rapportées.

 

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