Distribution de repas rue des Huttes, à Calais, le 6 mars 2018. Crédit : Loan Torondel, ancien bénévole pour l'ONG l'Auberge des migrants.
Distribution de repas rue des Huttes, à Calais, le 6 mars 2018. Crédit : Loan Torondel, ancien bénévole pour l'ONG l'Auberge des migrants.

La préfecture du Pas-de-Calais a annoncé, lundi, la prolongation de l’interdiction de distribuer des repas aux migrants au centre-ville de Calais, ainsi que dans le quartier du Beau-Marais. Seule une association mandatée par l'État est autorisée à opérer dans ces secteurs, et ce au moins jusqu’au 6 avril.

Sans surprise, la préfecture du Pas-de-Calais a décidé, lundi 8 mars, de prolonger pour la huitième fois l'interdiction de distribution de repas gratuits aux migrants dans le centre de Calais et dans le quartier du Beau-Marais, situé dans le sud-est de la ville. Cette mesure, déjà en vigueur depuis le 11 septembre, est reconduite au moins jusqu'au 6 avril.

Les services de l'État justifient cette décision par la situation sanitaire, "toujours préoccupante dans le département". Le but affiché est "d'éviter les rassemblements [de migrants] où les risques de contamination au Covid-19 sont élevés" et de "prévenir les éventuels troubles à l'ordre public, notamment les problèmes de voisinage, ainsi que tout problème d'hygiène et de salubrité publique", indique la préfecture dans un e-mail adressé à InfoMigrants.

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Ces dernières semaines, le département a subi une flambée des contaminations au Covid-19 avec un taux d'incidence de 406 cas pour 100 000 habitants contre "245 il y a deux semaines", selon le préfet Louis Le Franc. Un confinement total le week-end en plus du couvre-feu national a été mis en place depuis le 6 mars pour un mois.

Près d'un millier de repas distribués chaque jour

La préfecture rappelle toutefois que la distribution de repas continue d'être assurée par La Vie Active, l'unique association mandatée par l'État à Calais. Celle-ci indique que depuis le mois de février 2021, 967 repas y ont été distribués en moyenne chaque jour dans le cadre de maraudes mobiles.

Mais pour les autres associations calaisiennes, c'est loin d'être suffisant. Depuis septembre et le premier arrêté préfectoral, elles s'adaptent et ont déplacé leurs points de distribution alimentaire dans les zones non concernées par l'interdiction en vigueur.

"Nous avons reçu des PV dès le premier jour, donc nous faisons très attention depuis", confie Claire Millot de l'association Salam, jointe par InfoMigrants. "Heureusement, cette nouvelle prolongation est identique à la précédente. Aucune nouvelle rue ou zone n'a été ajoutée par le préfet, nous allons donc continuer là où c'est autorisé pour nous", ajoute la bénévole, soulagée de ne pas avoir à trouver de nouveaux lieux.

Les distributions de petits-déjeuners de l'association Salam se poursuivent donc "au BMX, à Marck, au rond-point Virval et au rond-point Auchan près du Conforama, tous les jours", indique pour sa part Yolaine Bernard, une autre bénévole de Salam. Plus de 700 petits-déjeuners ont été distribués, selon elle, en une journée le week-end dernier.

"Une mesquinerie de plus"

Nombre d'associatifs locaux confient toutefois leur lassitude. "Cette prolongation s'inscrit dans une politique de harcèlement des aidants", regrette Pierre Roques, coordinateur d'Utopia 56, également interrogé par InfoMigrants. Il s'agit, selon lui, "d'une mesquinerie de plus" venant notamment s'ajouter à de nombreuses verbalisations ces derniers mois. "Nous en avons reçu plus de 70 car nos bénévoles sont dehors auprès des migrants pendant les heures de couvre-feu. Nous avons beau présenter la circulaire du ministère de l'Intérieur autorisant la présence des travailleurs humanitaires après 18h, la police ne veut rien entendre."

Utopia 56 compte bien contester devant la justice ces dizaines de verbalisations. En attendant, les bénévoles poursuivent leurs distributions de boissons chaudes en soirée directement sur les campements disséminés en périphérie de la ville. "C'est essentiel car il s'agit notamment d'accueillir les nouveaux arrivants, d'entamer la discussion avec eux autour d'un thé et de créer un lien de confiance pour les aider au mieux dans leur parcours."

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Plus d'une douzaine d'associations ont saisi ces dernières semaines le tribunal administratif de Lille puis le Conseil d'État, espérant faire invalider l'arrêté préfectoral contre l'interdiction de la distribution alimentaire à Calais. Aucun des deux ne leur a toutefois donné gain de cause.

Selon Pierre Roques d'Utopia 56, les exilés sans-abri sont environ 850 à Calais actuellement. La préfecture estime plutôt qu'ils sont entre 500 et 600.

 

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