Le Conseil de l'Europe accuse les états européens de ne pas agir pour préserver les vies humaines en Méditerranée. Crédit : Reuters
Le Conseil de l'Europe accuse les états européens de ne pas agir pour préserver les vies humaines en Méditerranée. Crédit : Reuters

Dans un rapport au vitriol publié mardi, le Conseil de l’Europe accuse les États européens de ne pas agir pour préserver la vie des milliers de personnes qui traversent la Méditerranée chaque année. Il s'agit pourtant "d'une question de vie ou de mort - et il en va de la crédibilité de l'engagement des pays européens en faveur des droits humains", prévient l'institution.

"Les pays européens ne protègent pas les réfugiés et les migrants qui tentent de rejoindre l’Europe en traversant la Méditerranée. Ce recul dans la protection des vies et des droits des réfugiés et des migrants s’aggrave et cause chaque année des milliers de morts qui pourraient être évitées".

Les mots de Dunja Mijatovic, commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l’Europe, sont forts.

Dans un rapport de l’institution publié mardi 9 mars, la commissaire ne passe pas par quatre chemins pour accuser les politiques européennes d'être responsables des milliers de morts en mer Méditerranée : "[La] réponse [de l'Europe] est l'un des exemples les plus flagrants de la façon dont les mauvaises politiques migratoires portent atteinte aux droits humains et coûtent la vie à des milliers d'êtres humains". 

2 600 mort en un an

Dans ce rapport, le Conseil de l'Europe vilipende encore le "manque de volonté des États européens" d'établir des politiques de protection des migrants. Et le constat est sans appel : "La situation des droits humains dans la région méditerranéenne reste déplorable", et s'est "encore détériorée".

Sur la période observée, entre juin 2019 et fin 2020, plus de 2 600 décès ont été comptabilisés par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Le rapport souligne que ce chiffre est sans doute sous-estimé, les noyades et les naufrages se produisant bien souvent hors des radars.

Depuis le début de l'année 2021, plus de 250 personnes ont déjà perdu la vie en mer Méditerranée.

"Les ONG comblent les lacunes laissées par le désengagement de l'Europe"

Le Conseil de l'Europe énumère plusieurs raisons à la détérioration de la situation, notamment "le retrait progressif des navires affrétés par les États", en même temps que les entraves administratives et judiciaires infligées aux ONG. En Italie, par exemple, la justice poursuit actuellement sa croisade contre les navires humanitaires qu’elle accuse de collusion avec les trafiquants d’êtres humains. 

"L'approche des États consiste encore à limiter le travail vital des ONG, plutôt que de considérer qu'elles comblent les lacunes laissées par leur propre désengagement", accuse le rapport.

L'institution estime que ce désengagement des États européens vise à laisser les Libyens gérer la situation dans la région méditerranéenne alors même que le pays est en plein chaos, incapable d'y garantir les droits de l'Homme.

Les États européens veulent "accroître la possibilité" que les personnes en mer soient interceptées par les garde-côtes libyens et ramenées dans ce pays, malgré les "graves violations des droits humains" qui y sont commises contre les migrants, peut-on lire dans le rapport.

"Question de vie ou de mort"

En conclusion, Dunja Mijatovic appelle les pays membres du Conseil de l'Europe, tous signataires de la Convention européenne des droits de l'Homme, à prendre des mesures pour préserver la vie des migrants tentant de traverser la Méditerranée. "Il est grand temps que les pays européens mettent fin à cette tragédie honteuse et adoptent des politiques migratoires respectueuses des droits de l'Homme. C’est maintenant que les États membres doivent agir pour sauver des vies. Il s’agit là d’une question de vie ou de mort - mais aussi de la crédibilité de l’engagement des pays européens à l’égard des droits de l’Homme".

Le Conseil de l'Europe (à ne pas confondre avec le Conseil européen) est la vigie des droits de l’Homme sur le continent européen. Il ne fait pas partie de l'Union européenne (il réunit aujourd'hui 47 pays de l'Islande à l'Azerbaïdjan) et il n'a pas de pouvoir contraignant. En revanche, il émet des recommandations ou demande des comptes aux gouvernements qui se regroupent en son sein. En cas de violation de ces droits, les États - comme les civils - peuvent saisir la Cour européenne des droits de l’Homme, le bras judiciaire de l’organisation.

 

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