Des migrants fuient les flammes du camp de Moria en septembre 2020. Crédit : Picture-alliance/dpa/S.Baltagiannis
Des migrants fuient les flammes du camp de Moria en septembre 2020. Crédit : Picture-alliance/dpa/S.Baltagiannis

La justice grecque a condamné à cinq ans de prison deux jeunes Afghans accusés d'être à l'origine des incendies qui ont détruit, en septembre, le camp de Moria, plus vaste bidonville d'Europe où s'entassaient près de 13 000 demandeurs d'asile. Quatre autres jeunes soupçonnés d'être impliqués sont toujours dans l'attente de leur procès.

Deux Afghans à peine majeurs ont été reconnus coupables d'avoir allumé les deux incendies ayant entièrement détruit le camp de migrants de Moria sur l'île grecque de Lesbos en septembre, selon une source judiciaire citée par l'AFP. Âgés de 17 ans au moment des incendies, ils écopent tous deux de cinq ans de prison ferme.

Ce verdict a été rendu par la cour de Mytilène à Lesbos dans la soirée du 9 mars, au terme de six heures d'audience. Les deux jeunes qui doivent être transférés à la prison pour mineurs et jeunes adultes d'Avlona, à 45 km au nord d'Athènes, ont fait appel du jugement.

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L'ONG Legal Centre of Lesbos qui représente ces deux migrants arrivés en Grèce, précise-t-elle, comme mineurs non accompagnés a dénoncé "le manque de preuves crédibles", estimant que l'issue du procès était malheureusement certaine.

"Il est évident que la culpabilité des accusés a été déterminée par l’État avant même la tenue du procès. Le Ministre de la migration et de l'asile lui-même a déclaré dans un entretien accordé le 16 septembre 2020 que 'le camp avait été incendié par six réfugiés afghans qui ont été arrêtés'", balayant d'un revers de manche le principe fondamental de la présomption d'innocence, écrit l'ONG dans un communiqué.

Les avocats déplorent également la présence de 17 témoins contre les accusés, la plupart s'en tenant à raconter uniquement les dommages matériels et financiers qu'ils ont subis à la suite des incendies. À l'inverse, les accusés n'ont eu le droit d'appeler qu'un seul témoin chacun.

"Il nous a semblé clair que le tribunal était déterminé à clore le procès aujourd'hui afin d'éviter que les accusés - arrêtés en tant que mineurs - ne dépassent la durée légale de détention provisoire de six mois maximum", poursuit l'ONG.

"La peine maximale aurait pu être 10 ans de prison"

"Malgré notre déception avec le jugement d'aujourd'hui, les choses auraient pu être bien pire pour les deux jeunes hommes", nuancent toutefois les avocats qui précisent que "la seule condamnation pour incendie criminel aurait pu engendrer une peine maximale de 10 ans de prison".

À moins que leur sentence ne soit annulée ou allégée en appel, les deux jeunes devraient encore passer deux ans derrière les barreaux puisqu'ils seront éligibles à une libération anticipée après avoir servi la moitié de leur peine. 

Quatre autres jeunes Afghans arrêtés après les incendies se trouvent toujours en détention préventive, dans l'attente de leur procès.

Survenus les 8 et 9 septembre 2020, les deux incendies n'avaient pas fait de victime mais avaient ravagé le plus grand camp de migrants d'Europe où s'entassaient à l'époque près de 13 000 demandeurs d'asile, soit quatre fois plus que sa capacité maximale. Depuis, un autre camp de fortune s'est érigé à la hâte et abrite environ 6 000 personnes sans accès à l'eau courante ni à l'électricité.


Le camp de migrants de Karatepe, sur l'île de Lesbos, en Grèce, le 28 janvier 2021. Crédit : Reuters
Le camp de migrants de Karatepe, sur l'île de Lesbos, en Grèce, le 28 janvier 2021. Crédit : Reuters


Le 3 décembre dernier, l'Union européenne et Athènes ont conclu un accord sur la construction d'une nouvelle structure fermée pour remplacer Moria, malgré la contestation des ONG, des personnes migrantes et des habitants de l'île.

Les cas d'incendies dans les camps ou les squats de migrants sont fréquents en Grèce, en particulier en périodes automnale et hivernale. Mercredi matin, les corps de trois migrants algériens ont d'ailleurs été retrouvés dans un immeuble abandonné de Thessalonique, où ils seraient morts d'asphyxie après avoir allumé un feu pour se réchauffer, selon les autorités locales.

Fin février, un enfant kurde de six ans est également décédé dans l’incendie d’un camp de migrants situé à Thèbes, au nord d’Athènes.

 

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