La frontière entre le nord de l'île de Chypre et le sud traverse la capitale, Nicosie. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants
La frontière entre le nord de l'île de Chypre et le sud traverse la capitale, Nicosie. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants

Une trentaine de kilomètres de barbelés ont été érigés cette semaine à l'ouest de Nicosie, la capitale de Chypre, petite île méditerranéenne divisée entre le nord, reconnu uniquement par la Turquie, et le sud, membre de l'Union européenne depuis 2004.

Depuis le début de la semaine, les autorités chypriotes ont commencé à déployer des barbelés dans les champs situés le long de la "Ligne verte", frontière théorique qui sépare le sud de l'île, membre de l'Union européenne (UE), et le tiers-nord, reconnu uniquement par la Turquie. 

Le gouvernement de la République de Chypre justifie cette mesure par l'afflux de plus en plus important de migrants clandestins qui débarquent au nord de l'île et traversent ensuite jusqu'à sa partie sud pour pouvoir demander l'asile en Europe. 

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Longue de 180 kilomètres et contrôlée par les Nations Unies, la “Ligne verte” traverse le centre historique de la capitale Nicosie, où une zone tampon large de seulement quelques mètres sépare les deux côtés. Aux alentours, les vastes plaines et zones rurales sont, elles, totalement ouvertes. 

Ainsi, il n'est pas rare que des migrants en provenance du Moyen-Orient mais aussi d'Afrique choisissent de se rendre par des vols commerciaux en Turquie où ils n'ont pas besoin de visa pour entrer. De là, ils peuvent aisément rejoindre également par avion "la partie turque" de l'île puis entrer dans la partie européenne au sud en passant la frontière à travers champs. Ils sont, la plupart du temps, accompagnés par des passeurs qui les déposent au milieu de nulle part une fois la zone européenne atteinte.

Pour l'heure, une trentaine de kilomètres de barbelés ont été installés au niveau de plusieurs points de passage stratégiques à l'ouest de Nicosie, rapporte l'agence AP. 

"Notre gouvernement copie la politique de Trump"

Cette mesure a suscité de vives critiques notamment de la part du parti d'opposition aux racines communistes AKEL qui y voit un renforcement "de la division" de l'île de Chypre. "Nulle part dans le monde la question de l'immigration clandestine n'a pu être réglée en érigeant des murs ou des frontières en barbelés", a déclaré Stefanos Stefanou, porte-parole d'AKEL. "Il s'agit des idées de l'ancien président américain Donald Trump que notre gouvernement est en train de copier."

D'autres partis et membres de l'opposition ont souligné qu'ériger cette frontière intervenait à un très mauvais moment puisque les discussions de paix entre nord et sud stagnent depuis des années et ne devraient donc pas progresser à la lumière de cette mesure divisionnaire. 

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L'île de Chypre est coupée en deux depuis 1974 lorsque la Turquie l'a envahie en réponse à un coup d'État de partisans d'une union avec la Grèce. Les Chypriotes turcs du tiers nord de l’île ont déclaré leur indépendance près d’une décennie plus tard, mais seule la Turquie la reconnaît. La république de Chypre a rejoint l'UE en 2004, mais seule la partie sud, où siège le gouvernement internationalement reconnu, en fait partie.

Le gouvernement chypriote a défendu sa nouvelle frontière en assurant qu'elle était construite dans le respect des régulations européennes. Il affirme également que Bruxelles et les autorités onusiennes locales, qui contrôlent la zone tampon entre les deux parties de l'île, avaient été informées de cette mesure avant que le premier coup de pelle ne soit donné.

Kyriakos Koushos, un porte-parole du gouvernement, a déclaré qu'il ne fallait pas y voir de "message politique" et qu'il s'agissait simplement d'une mesure de sécurité publique pour empêcher "l'afflux incontrôlé de migrants que la Turquie alimente à dessein". Le gouvernement a également rappelé que Chypre, avec sa population de moins d'un million de personnes, comptait le plus grand nombre de demandeurs d'asile par habitant en Europe et que le pays peinait, de fait, à gérer les flux migratoires. Environ trois migrants sur quatre accueillis sur l'île arrivent via la partie nord du territoire.

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Voulant se montrer rassurant, Kyriakos Koushos a précisé que son gouvernement ne souhaitait pas couper court aux discussions de paix et que le contact entre les Chypriotes grecs et turcs n’était pas entravé puisqu'ils pouvaient toujours emprunter l'un des neufs checkpoints existants pour circuler entre la partie nord et la partie sud. Beaucoup de ces points de passage restent toutefois actuellement fermés en raison du Covid-19.

 

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