Le ministre britannique des Finances Rishi Sunak au moment de présenter le budget. Crédit : Reuters
Le ministre britannique des Finances Rishi Sunak au moment de présenter le budget. Crédit : Reuters

Londres s'apprête à lancer un nouveau système de visas pour les étrangers hautement qualifiés. Des voix critiques s’élèvent contre un projet qualifié d’élitiste.

C’est au moment de présenter le budget que Rishi Sunak, le ministre britannique des Finances, a annoncé le 3 mars son ambition de faire du Royaume-Uni le "meilleur endroit au monde pour les entreprises innovantes et à forte croissance" en attirant des talents et entrepreneurs exceptionnels dans les domaines de la technologie et de la science. "J'annonce une réforme des visas ambitieuse à destination des migrants hautement qualifiés", a-t-il déclaré, soulignant son intention de rendre le Royaume-Uni post-Brexit "compétitif au niveau international".

Rishi Sunak veut instaurer un "nouveau visa sans parrainage basé sur un système à points pour attirer les meilleurs et les talents les plus prometteurs au niveau international que ce soit dans la science, la recherche et les nouvelles technologies". Selon le ministre, ce système vise notamment à "simplifier la bureaucratie pour les demandes de visas de personnes hautement qualifiées".

Le principal changement par rapport aux dispositifs actuels serait de ne plus avoir besoin d’être parrainé par une entreprise pour décrocher un visa.

Comme l’Australie ou le Canada

Pour le moment, peu de détails ont filtré sur les règles exactes qui seront mises en place. De nouvelles annonces sont attendues pour cet été. L’entrée en vigueur du visa pour les personnes hautement qualifiées est prévue d’ici un an.

Avec le Brexit, le Royaume-Uni modifie petit à petit sa politique migratoire. Le pays a déjà lancé l’an dernier un nouveau système à points qui rassemble un ensemble de critères à remplir pour une personne souhaitant vivre et travailler dans le pays.

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Ce système, entré en vigueur le 31 janvier dernier, tient notamment compte des aptitudes en langue, de l’âge, du niveau d’éducation ou encore du salaire qu’une personne est susceptible de toucher au Royaume-Uni. Il est également prévu de faire payer aux immigrés une assurance maladie complémentaire pour financer le NHS, le système de santé public britannique.

La réforme avait été promise par les défenseurs du Brexit afin d’aller vers un mécanisme d’immigration plus sélectif. Elle est comparée aux dispositifs en place dans des pays comme l’Australie ou encore le Canada.

Les talents exceptionnels sont les bienvenus

Rishi Sunak a également annoncé la relance du programme de visas "Global Talent Visa" à destination des meilleurs éléments dans les domaines de l’enseignement, de la recherche, des arts et de la culture. 

Jusqu’ici, ce programme avait quelque peu tourné au ralenti avec un faible nombre de demandes, car il requiert généralement le parrainage d'une institution gouvernementale britannique reconnue, comme le Arts Council England ou encore la Royal Academy of Engineering. Ce programme a pour l’instant surtout attiré des talents dans des domaines créatifs comme la musique, l’architecture est le show-business.

Le "Global Talent Visa" doit désormais être revu pour pouvoir attirer des personnes attestant d’un reconnaissance exceptionnelle dans leur domaine au niveau international. Le parrainage d’une institution britannique ne serait donc plus nécessaire. En pratique, un lauréat du prix Nobel ou encore d'un Oscar serait automatiquement éligible à ce visa. 

Les annonces du ministre des Finances n’ont pas manqué de susciter des critiques, notamment celle de ne pas donner la priorité aux travailleurs compétents et nécessaires pour redresser le pays une fois la pandémie de coronavirus passée. Le Royaume-Uni est en effet l'un des pays les plus touchés au monde et déplore déjà plus de 125 000 victimes du virus. Présentant le budget, Rishi Sunak a d’ailleurs annoncé le déblocage de 65 milliards de livres pour la relance économique, sans toutefois préciser comment ces fonds seront alloués.

Depuis le divorce entre le Royaume-Uni et l’UE, Londres n’a plus à suivre les règles européennes en matière de politique migratoire. Pour le moment, le Royaume-Uni s’est surtout penché sur la réforme de l’immigration choisie. Londres devrait toutefois aussi revoir sa politique concernant les demandeurs d’asile. 

De nombreux migrants ont ainsi tenté l’année dernière encore la traversée de la Manche depuis la France dans l’espoir de voir leurs demandes d’asile traitées et reconnues avant que la législation ne change.

 

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