L'Ocean Viking en mer Méditerranée. Crédit : RFI / Guilhem Delteil
L'Ocean Viking en mer Méditerranée. Crédit : RFI / Guilhem Delteil

L’Ocean Viking, le bateau de l’organisation SOS Méditerranée, effectue une nouvelle campagne de sauvetages en Méditerranée centrale. En n janvier et février, le navire a secouru 796 personnes parties de Libye vers l’Europe. RFI embarque à son bord pour cette mission. Chaque jour, nous recevons le carnet de bord de notre envoyé spécial Guilhem Delteil.

Dimanche 14 mars : l’inquiétude météorologique

Les prévisions météorologiques font redouter « le pire scénario » aux équipes de l’Ocean Viking. Crédit : Guilhem Delteil / RFI
Les prévisions météorologiques font redouter « le pire scénario » aux équipes de l’Ocean Viking. Crédit : Guilhem Delteil / RFI


S’il faut toujours "une main pour le bateau" afin de se stabiliser (cf carnet de bord de lundi 8 mars), il faut également constamment garder un œil sur la météo. Les prévisions à trois jours sont regardées avec attention. Ces dernières heures, la puissance du vent a augmenté. Il est actuellement d’une vingtaine de nœuds (37 km/h). La mer, plate jusqu’à samedi soir, a désormais des vagues de deux mètres. Pour l’équipage de navigation, le facteur joue sur les trajectoires possibles et le temps pour atteindre ses objectifs. Avec un vent arrière, l’Ocean Viking est pour l’instant porté par les éléments.

Une force de vent accrue signifie aussi un roulis qui s’intensifie. Même pour des marins expérimentés, les corps doivent s’adapter. Et face aux inquiétudes ou interrogations des novices des traversées marines, les habitués, prévenants, prodiguent leurs conseils pour combattre le mal de mer. Chacun a sa recommandation : la tisane au gingembre, faire de l’exercice, se reposer, bien manger… ou prendre un cachet.


En mer, le vent souffle désormais à 20 nœuds et les vagues mesurent deux mètres. Mais le long des côtes, les conditions devraient être plus favorables aux départs. Crédit : Guilhem Delteil / RFI
En mer, le vent souffle désormais à 20 nœuds et les vagues mesurent deux mètres. Mais le long des côtes, les conditions devraient être plus favorables aux départs. Crédit : Guilhem Delteil / RFI


Mais le facteur météorologique est avant tout scruté pour les conséquences qu’il a sur les opérations. "Quand le vent vient du nord et souffle sur la côte libyenne, ça empêche les départs. Il faut s’imaginer que ce ne sont pas des bateaux capables de se propulser vraiment", explique Claire, l’une des marins sauveteuses à bord de l’Ocean Viking. "Ca va être difficile pour eux d’aller contre les éléments. Rien que la force du vent et des vagues les empêche de partir", poursuit la jeune femme qui mène des opérations de sauvetage en Méditerranée centrale depuis deux ans.

À l’inverse, une mer calme le long des côtes libyennes a tendance à favoriser les départs. Et les prévisions météorologiques laissent entrevoir une situation où dans les prochains jours, la mer pourrait être agitée au large mais calme le long des côtes libyennes. "C’est le pire scénario pour nous", juge Nicola Stalla, le coordinateur des opérations de recherche et de sauvetage. "C’est une situation que nous avons déjà connu dans le passé. Les bateaux partent parce que les conditions sur la côte le permettent mais la météo au large est totalement différente". "Le mauvais temps est un facteur en plus qui fait que les gens sont en danger. Leur bateau sert déjà à peine à flotter. Quand la météo se dégrade, leur temps de survie en mer est diminué", abonde Claire.


Pour les marins sauveteurs, le mauvais temps complique les opérations de secours. Crédit : Guilhem Delteil / RFI
Pour les marins sauveteurs, le mauvais temps complique les opérations de secours. Crédit : Guilhem Delteil / RFI


Sur une mer agitée, les conditions d’intervention sont également plus compliquées. Lors des tours de veille aux jumelles, les embarcations sont plus difficiles à repérer entre les vagues. Une fois en intervention, les manœuvres des bateaux, secoués par les vagues, sont plus difficiles : les pilotes doivent faire preuve de grande concentration pour conserver la stabilité nécessaire pour les opérations. La visibilité est elle aussi réduite : "Quand la mer est calme, on peut voir un petit mieux ce qui se passe sur la scène. Avec le vent, quand les gens sont dans l’eau, on les voit moins. Une tête d’être humain entre deux vagues, c’est tout petit", précise Claire. Plus que jamais, le facteur temps devient alors fondamental. D’autant que les vagues peuvent remplir l’embarcation en détresse. "Quand il y a du mauvais temps, tout est compliqué", résume la marin sauveteuse.

► Relire le carnet de bord de la première semaine sur l'Ocean Viking

 

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