Le joueur Norlla Amiri. Crédit : Jens Soderling/Agence Svensk
Le joueur Norlla Amiri. Crédit : Jens Soderling/Agence Svensk

Le football, sport roi dans le monde, apporte joies et peines, génère des milliards d'euros et peut faire perdre les têtes. Mais le ballon rond peut aussi servir de levier social et son milieu est garni d'histoires et de parcours uniques. C'est le cas du joueur international afghan Norlla Amiri, réfugié en Suède et pour qui le football est bien plus qu'un sport. Portrait.

De Kaboul à Malmö, 4 900 kilomètres séparent les deux villes. Le football est passion ici et là-bas. Mais dans le cœur de la communauté afghane présente dans la cité suédoise - connue pour être le berceau de la star du football mondial, Zlatan Ibrahimovic -, les passionnés du ballon rond ont une autre idole locale dont le parcours est source d'inspiration. Cet homme, c'est Norlla Amiri.

Actuel joueur et fondateur du club d'Ariana FC, l'Afghan, qui est également milieu de terrain international pour les Lions du Khorasan (surnom de l'équipe nationale masculine de football d'Afghanistan) est bien plus qu'un athlète qui marque des buts. "Je ne vois pas le sport uniquement comme une activité physique et le football comme le fait de taper dans un ballon et de mettre celui-ci au fond des filets", souligne Norlla Amiri, "mais comme quelque chose qui réunit, qui rend heureux et qui permet aux êtres humains de montrer aussi leur solidarité, leur entraide et leur implication dans la vie sociale". Premier afghan à devenir professionnel en première division suédoise, le joueur a traversé bien des chemins et vécu des tragédies, mais n'a jamais oublié son objectif principal : aider autour de lui pour le bien de tous. 

Né dans la capitale afghane en 1991, Norlla Amiri grandit dans un pays déchiré, divisé par les tensions ethniques et les blessures de la guerre. Sa famille souhaite un avenir meilleur, et travaille dur pour se donner l'opportunité de partir de cette terre chérie mais devenue quasi invivable. Le clan Amiri part, et traverse le Moyen Orient et l'Europe, pour rejoindre un oncle qui vit en Suède. " L'expérience de partir de son pays et de perdre des êtres chers est la plus horrible de toute, c'est une partie de soi qui disparait à jamais et des souvenirs profonds qui restent dans nos mémoires pour le restant de nos jours", se souvient le footballeur, "mais nous devions partir, et laisser notre terre derrière nous afin de voir l'avenir plus sereinement, de faire tout notre possible pour être dans la meilleure situation pour la famille ".

Le jeune Norlla Amiri et sa famille débarquent en banlieue de Malmö (dans le sud de la Suède), et celui-ci ne vit que pour le football. Il passe son temps libre à taper dans le ballon rond avec les enfants du quartier de cette ville connue pour sa grande diversité culturelle, et commence à se construire un rêve : devenir footballeur professionnel. "On jouait tout le temps avec des enfants venus des quatre coins du monde : d'Afrique, d'Asie, du Moyen et Proche Orient, des Balkans. C'était juste génial car on était tous en train de s'amuser et de rire en parlant des stars du foot mondial en rêvant fort : 'Je veux être le prochain Zlatan!'", sourit-il encore aujourd'hui. "On n'avait aucune idée qu'une partie d'entre nous allait devenir professionnel quelques années plus tard, et lorsque je revois certains de mes amis d'enfance aujourd'hui on se dit en plaisantant : 'On était innocents, mais on avait bien prédit nos avenirs !'".

À l'âge de 14 ans, le rêve commence à se concrétiser : il est repéré par le club de Lunds BK, et intègre son centre de formation. De là, la progression est constante jusqu'à ses débuts chez les professionnels à 20 ans, et ainsi devenir le premier joueur afghan à évoluer à ce niveau dans le championnat suédois. Mais l'autre rêve de Norlla Amiri est de porter le maillot de son pays... 

Jouer dans l'équipe nationale afghane

À l'été 2015, Norlla Amiri décide de se rendre en Afghanistan afin d'aller rendre visite à une partie de sa famille. Une personne l'approche en l'informant de l'organisation d'un camp d'entrainement pour l'équipe nationale, qui a lieu au même moment.

Il s'y rend, lui, professionnel en Suède mais complètement inconnu des instances footballistiques afghanes. "Je n'avais amené ni crampons ni tenues pour m'entrainer, car je devais seulement passer du temps en famille. Un jour, on m'a prévenu de cette journée et j'y suis allé, motivé à l'idée d'intégrer l'équipe nationale", se rappelle-t-il, avant d'ajouter : "L'entraineur m'avait fait jouer au poste de latéral gauche, qui n'est pas le mien, mais je voulais tout donner, pour enfin porter le maillot de la sélection et réaliser ce rêve". Au terme de la session d'entraînement, Norlla Amiri met tout le monde d'accord : il doit être appelé au plus vite pour jouer avec la sélection nationale, et devient rapidement l'un des cadres de l'équipe.

Il est depuis ce temps un joueur incontournable, fier de représenter son pays au plus haut niveau du football mondial, même si, fait rarissime, l'Afghanistan ne peut plus jouer de matches officiels sur ses terres depuis plus de 30 ans, pour raisons de sécurité. "La FIFA [Fédération internationale de football association, ndlr] travaille à ce que l'on puisse jouer dans un futur proche des matches officiels à Kaboul au lieu de nous déplacer sur un terrain neutre à Doha ou à Dubaï. On souhaite tous pouvoir le faire au moins une fois dans nos carrières. Jouer devant notre peuple serait unique, un moment inoubliable pour nous et surtout pour le peuple afghan qui est passé par des moments extrêmement difficiles depuis plus de 30 ans "précise Norlla Amiri. 


Norlla Amiri. Crédit : Ligue suédoise de football.
Norlla Amiri. Crédit : Ligue suédoise de football.


Fondateur d'un club de football lié à la minorité afghane à Malmö

Heureux d'avoir réalisé ses rêves, le jeune joueur ne compte toutefois pas en rester là. Un projet lui tient à cœur : il veut aider sa communauté. Norlla Amiri souhaite utiliser son parcours et son histoire personnelle pour aider les autres, et donner une plus grande visibilité à la communauté afghane par le sport. "Le projet était un peu fou, mais dès que j'ai une idée en tête, je vais tout faire pour aller au bout ", dit-il.

Ainsi, après bien des galères administratives et un investissement personnel de plusieurs milliers d'euros, Norlla Amiri fonde le Ariana FC, club de football lié à la minorité afghane de Malmö, et ouvert à tous. Il se jette corps et âme dans cette nouvelle aventure, tout en poursuivant sa carrière professionnelle de footballeur. "Je n'oublierai jamais les centaines de lessives des maillots que l'on a faites, les heures en bus pour aller jouer des rencontres à l'extérieur mais aussi les sourires de chaque enfant lors des buts marqués par notre équipe. On vit pour des moments comme ceux-ci, et c'est fantastique de pouvoir faire parler de la communauté afghane par des actions sociales et sportives constructives pour tous", explique-t-il.

Après sept saisons, le club est monté de cinq divisions pour se retrouver actuellement en 3ème division suédoise, un échelon du premier niveau professionnel du pays. "Norlla, c'est l'âme de ce club, un homme exceptionnel qui pense toujours au collectif et à aider les autres en toutes circonstances. Ce gars est une bénédiction pour la communauté, l'une des personnalités les plus impactantes de la ville de Malmö et de Suède. Un véritable exemple à suivre pour tous !" estime son coéquipier Matias Sorkenlund, arrière au club.

Pour rendre l'histoire encore plus belle, Norlla Amiri signe à Ariana FC à l'hiver 2018, pour boucler la boucle et jouer lui-même dans son club. Il a également aidé à recruter plusieurs talents afghans aux quatre coins du monde, dont son coéquipier en sélection nationale, le gardien de but Ovays Azizi. "J'étais au Danemark depuis plusieurs années après y être arrivé avec ma famille en tant que réfugié. J'étais footballeur semi-professionnel et ergothérapeute et dès que Norlla m'a contacté, je n'ai pas réfléchi très longtemps. J'ai dit oui !", souligne Ovays Azizi, qui ajoute que "travailler avec lui est unique, il est passionné et habité par cette envie permanente de construire des choses, d'être solidaire. C'est un coéquipier, un ami, un frère pour la vie". 

 

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