Un Marocain reçoit sa première dose de vaccin contre le Covid-19 le 29 janvier dans un centre de la région de Rabat. Crédit : Reuters
Un Marocain reçoit sa première dose de vaccin contre le Covid-19 le 29 janvier dans un centre de la région de Rabat. Crédit : Reuters

Alors que la campagne de vaccination bat son plein au Maroc depuis fin janvier, les migrants sans-papiers en sont tout bonnement exclus. Rien n'indique pour le moment que le gouvernement compte revoir sa position, au grand dam des défenseurs de la cause des migrants qui s'inquiètent des répercussions sanitaires, humaines et sociales sur les sans-papiers eux-mêmes mais aussi sur le reste de la population.

Avec plus de quatre millions de vaccinés contre le Covid depuis la semaine dernière, le Maroc fait figure d'exemple en Afrique et surpasse même les taux de vaccination de la France ou encore de l'Italie. Le Royaume vise d'ici cet été l'immunité de quelque 25 millions de personnes, correspondant à toute sa population de plus de 18 ans. Toute, à l'exception des sans-papiers estimés par différentes ONG marocaines à au moins 20 000 personnes.

Pas de quoi inquiéter le gouvernement qui, interrogé sur l'omission des sans-papiers dans la campagne vaccinale, a simplement répondu qu'aucune décision officielle n'avait été prise à ce sujet.

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Abdelhakim Yahyane, porte-parole du ministère de la Santé, a tenu à préciser toutefois que des dizaines de milliers d'étrangers en situation régulière avaient, eux, été vaccinés, rapporte Reuters. 

"La demande de vaccins dépassant l'offre (à l'échelle mondiale), nous nous sommes, pour le moment, assuré d'anticiper nos besoins et de maintenir l'approvisionnement en vaccins sans interruption", a-t-il encore déclaré.

Selon la presse locale, le Maroc a reçu, depuis janvier, 8,5 millions doses de vaccins (7 millions d’AstraZeneca et 1,5 million de Sinopharm). Avec un peu plus de 500 nouveaux cas détectés quotidiennement, la pandémie semble régresser dans le pays, mais les tests de dépistage y sont moins nombreux que dans d'autres pays.

Contre-productif

Plusieurs groupes de défense des droits des migrants craignent qu'en mettant de côté les sans-papiers, ces derniers soient, d'une part, encore plus marginalisés et que, d'autre part, les efforts de vaccination ne soient anéantis.

"Le coût de l'omission des sans-papiers dans la campagne de vaccination va se révéler bien plus élevé que celui du vaccin lui-même", a réagi Younes Faudel, à la tête du collectif Papiers pour tous, interrogé par Reuters.

C'est également l'avis de Franck Iyanka, un Congolais membre de l'Organisation Démocratique du Travail, un syndicat très actif au Maroc pour la défense des droits des travailleurs. "Marocains, résidents ou sans-papiers… Nous prenons tous les mêmes bus et les mêmes taxis pour nous rendre dans les mêmes restaurants, sur les mêmes marchés", a-t-il fait valoir, estimant lui-aussi que cette catégorisation était contre-productive.

Aux côtés de plusieurs autres groupes de défense des droits des étrangers au Maroc, son syndicat a appelé la semaine dernière le gouvernement à produire des titres de séjour temporaires de manière à inclure plus de sans-papiers dans la lutte contre le Covid.

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Depuis 2013, le Maroc a mené de vastes campagnes de régularisation des clandestins présents sur son territoire, offrant des papiers à plus de 50 000 d'entre eux. Mais de nombreux Africains continuent d'affluer dans le pays, certains pour y travailler, d'autres dans l'espoir de poursuivre leur route vers l'Europe. 

Selon les autorités marocaines, sur une population de 36 millions, 480 000 personnes ont été infectées par le virus au sein du Royaume depuis que le premier cas y a été détecté en mars 2020. Plus de 8 500 personnes sont également décédées.

 

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