Le Sea Watch 3 après une série de sauvetages fin février 2021. Crédit : picture alliance/dpa/Sea-Watch | Selene Magnolia
Le Sea Watch 3 après une série de sauvetages fin février 2021. Crédit : picture alliance/dpa/Sea-Watch | Selene Magnolia

Les garde-côtes italiens ont une nouvelle fois immobilisé le Sea Watch 3, a annoncé lundi l'ONG allemande éponyme qui affrète le navire. Celui-ci avait repris ses missions de sauvetage des migrants au large de la Libye depuis à peine un mois.

Après sept mois de blocage entre juillet 2020 et février 2021, le Sea Watch 3 de l'ONG allemande éponyme a été à nouveau immobilisé par les garde-côtes italiens, dans la soirée du dimanche 21 mars. Le navire se trouve dans le port sicilien d'Augusta où il avait été autorisé, le 3 mars, à débarquer 363 migrants secourus en mer quelques jours plus tôt.

Cette mesure a été prise par les autorités italiennes car le Sea Watch 3 était en violation des règlements sur la sécurité de la navigation, la prévention des incendies à bord, la protection de l'environnement et la formation de l'équipage, selon un communiqué des garde-côtes.

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Sea-Watch, qui n'avait repris ses missions de sauvetage au large de la Libye que depuis le 19 février, dénonce une décision "politique". "Ils nous accusent à nouveau d'avoir sauvé trop de personnes. Aurions-nous dû laisser 363 êtres humains mourir dans l'indifférence des autorités, qui continuent à ne proposer aucune alternative à notre présence en mer ?", a réagi l'ONG sur Twitter.

Cette dernière rappelle d'ailleurs que la validité de la Directive européenne sur le contrôle des ports par l'État brandie par les garde-côtes italiens pour justifier l'immobilisation du navire était en train d'être étudiée par la Cour européenne de justice. L'institution judiciaire a été saisie fin décembre par le tribunal administratif de Palerme en Sicile qui se penchait sur le blocage du Sea Watch 4, l'autre navire de l'ONG allemande, également immobilisé. Celui-ci a toutefois été libéré en attendant le verdict de la Cour européenne de justice et doit reprendre ses missions de sauvetage "prochainement".

Plusieurs ONG dans le viseur des autorités italiennes

Comme les Sea Watch 3 et 4, au moins une demi-douzaine de navires humanitaires ont été bloqués par l'Italie au cours de l'été dernier. Fin septembre, plus aucune ONG de sauvetage des migrants en Méditerranée ne patrouillait au large de la Libye. Les navires n'ont pu reprendre leurs activités qu'au terme de longs combats judiciaires et des mois d'attente. L'Ocean Viking qui vient de porter secours à 116 migrants est actuellement le seul navire humanitaire au large de la Libye. Il doit être rejoint sous peu par l'Open Arms.

Mais les autorités italiennes ne semblent pas avoir dit leur dernier mot puisque qu'elles accusent également les ONG de connivence avec les trafiquants de migrants libyens pour secourir et débarquer les candidats à l'exil en Europe. Sont concernés pour le moment : Save the Children qui affrète le bateau Vos Hestia, l'allemande Jugend Rettet qui affrète le bateau Iuventa et Médecins sans frontières.

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Le Mare Jonio de Mediterranea Saving Humans est également soupçonné d'avoir accepté un chèque de 125 000 euros contre la prise en charge d'une trentaine de migrants bloqués, entre août et septembre dernier, sur un navire commercial danois. L'ONG, à l'instar des trois autres mises en cause, a dénoncé début mars "une croisade personnelle".

L'Italie est une porte d'entrée privilégiée pour les migrants à destination de l'Europe, malgré la dangerosité de la traversée depuis les côtes nord africaines. La route de la Méditerranée centrale reliant généralement la Libye ou la Tunisie à l'Italie ou Malte est ainsi l'une des plus meurtrières au monde : depuis janvier, au mois 232 migrants y ont perdu la vie, contre 58 sur la route de la Méditerranée occidentale (Maroc/Espagne) et 1 sur la route de la Méditerranée orientale (Liban/Turquie/Grèce), selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Près de 530 000 migrants ont débarqué sur les côtes italiennes depuis le début de 2015, dont quelque 6 000 depuis le début de l'année, indique également l'agence onusienne.

 

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