Ekaterini Sakellaropoulou est, depuis mars 2020, la première femme présidente en Grèce. Crédit : Reuters
Ekaterini Sakellaropoulou est, depuis mars 2020, la première femme présidente en Grèce. Crédit : Reuters

Toujours en discussion depuis des mois à Bruxelles, le nouveau Pacte européen sur l'asile et l'immigration est crucial pour une gestion plus équitable des flux migratoires, selon Ekaterini Sakellaropoulou qui dresse en ce mois de mars le bilan de sa première année en tant que présidente grecque. À cette occasion, elle appelle également la Turquie à respecter le droit international et ses voisins européens, sur fond de tensions migratoires à la frontière commune aux deux pays.

Après un an en poste, la toute première femme présidente de Grèce continue de défendre et d'incarner des idées progressistes dans une société qu'elle sait encore très patriarcale. Parmi ses dossiers prioritaires évoqués lors d'une interview publiée dans Le Monde lundi 22 mars : la crise migratoire dont elle estime que la Grèce "porte un poids disproportionné depuis six ans par rapport à d'autres pays européens".

Ekaterini Sakellaropoulou, ancienne présidente du Conseil d'État, appelle donc à davantage de solidarité au sein de l'Union européenne (UE), fondant ses espoirs sur le nouveau Pacte Asile et Immigration toujours en discussion à Bruxelles. "La lassitude a gagné les populations sur les îles de la mer Égée qui accueillent [des milliers de demandeurs d'asile dans des camps surpeuplés]. La solidarité entre États, mais aussi envers les réfugiés qui ont fui des régimes autoritaires où leur vie est en danger, est essentielle", souligne-t-elle.

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La présidente grecque regrette toutefois que certains États membres "refusent systématiquement d’accueillir des demandeurs d’asile". C'est le cas notamment des quatre pays du Groupe de Visegrad - Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie - qui s'opposent depuis des années à un système de quotas de migrants visant à alléger la charge des pays en première ligne comme la Grèce, l'Italie ou l'Espagne. "Les principes humanistes européens ne doivent pas être enterrés face à la montée des extrémismes. L’Europe est face à un défi : garder son unité et préserver ses valeurs, l’État de droit, les libertés individuelles...", commente Ekaterini Sakellaropoulou. 

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Si elle reconnaît que le soutien de l'Europe est tout de même bien présent notamment quant au contrôle des frontières opéré par l'agence Frontex ayant permis de réduire "considérablement" les flux migratoires, la présidente grecque demande plus d'ambition. "Nous espérons que le nouveau Pacte pour la migration et l’asile discuté par la Commission européenne permettra une répartition plus équitable des demandeurs d’asile en Europe." 

"La Turquie a instrumentalisé la question migratoire"

Les tensions entre Athènes et Ankara qui ont débuté peu avant la prise de fonction d'Ekaterini Sakellaropoulou le 13 mars 2020, figurent également au centre de ses préoccupations. "La Turquie a instrumentalisé la question migratoire en voulant laisser passer des milliers de migrants en Europe [via la région frontalière de l’Evros, ndlr]. Athènes a réussi, avec l’appui de ses partenaires européens, à protéger ses frontières, qui sont aussi celles de toute l’Europe", estime-t-elle, déplorant qu'Ankara ait ensuite "continué d’avoir des actions unilatérales et agressives envers la Grèce en mer Égée, où un bateau turc de prospection sismique, accompagné de navires de guerre, avait été envoyé près des îles grecques". 

La présidente affirme que la Grèce, pour sa part, s’appuie sur le droit international et les règles de bon voisinage pour gérer ce dossier et s'attend à ce que "ses voisins en fassent autant".

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En face, la Turquie a récemment rétorqué par la voix de Faruk Kaymakçi, vice-ministre turc des Affaires étrangères, en charge des affaires européennes, que sa bonne coopération avec la Grèce et l'UE devait passer par la renégociation de l'accord signé avec Bruxelles il y a cinq ans pour faire barrage aux flux migratoires vers l'Europe. "Sans nos efforts depuis 2015, plus de deux millions de personnes auraient rejoint l'Europe à ce jour. Nous sommes le pays qui accueille le plus de réfugiés au monde, avec notamment 3,7 millions de Syriens. Cela nous a coûté plus de 40 milliards d'euros, une somme à comparer avec les 6 milliards d'euros [d'aide européenne promise dans l'accord de 2016, ndlr], dont pratiquement la moitié n'a pas encore été dépensée", a-t-il fait valoir dans un entretien accordé à l'AFP le 17 mars.

Des chiffres qui, selon le diplomate turc, illustrent "très clairement" le besoin d'un "partage équitable du fardeau entre la Turquie et le reste de l'Europe." "J'espère que ce processus de renouvellement [de l'accord de 2016, ndlr] et les efforts visant à faire progresser les relations entre la Turquie et l'UE ne seront pas prises en otage par les positions étriquées et irrationnelles d'un ou deux pays européens dont les intérêts personnels sont en contradiction avec ceux de l'UE", a-t-il ajouté.

Ouverture et apaisement

Ce à quoi la présidente grecque à répondu dans les colonnes du Monde par la carte de l'apaisement : "Si la Turquie montre qu’elle est réellement disposée à discuter et à régler les conflits, nous le sommes nous aussi. Nous voulons améliorer nos relations."

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Une position d'ouverture qui est en quelque sorte sa marque de fabrique, la sexagénaire étant notamment connue pour avoir ardemment soutenu la suppression de la mention de la religion sur les cartes d’identité grecques au début des années 2000. Elle est également l'une des instigatrices d'une loi permettant aux enfants nés de parents étrangers, mais ayant effectué la majorité de leur scolarité en Grèce, d’obtenir la nationalité grecque.

Bien qu'ayant un rôle essentiellement symbolique, la parole d'Ekaterini Sakellaropoulou détient un certain pouvoir diplomatique puisqu'en vertu de la Constitution hellénique, le président grec "représente l'État sur le plan international et déclare la guerre ; il conclut les traités de paix, d'alliance, de coopération économique et de participation à des organismes ou unions internationaux".

 

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